14 juin 2009
Les Adieux
Jeudi 25 juin
Le dernier vol de l'artiste.
Forever History.
Pendant ce temps là, à Téhéran
No comment.
Mercredi 10 juin, 9h45
Un mur de 890 polaroids (3h d'accrochage avec l'aide de 5 personnes) ainsi que ma série de portraits (10 G.F., 3 30x40cm et 2 24x30cm) pour le passage de mon diplôme.
Le jury était composé de Françoise Ducros (présidente), Madeleine Van Doren (ancienne directrice du Credac à Ivry, travaillant aussi avec Le Fresnoy), Georges Dupin (photographe et professeur à l'école d'art de Rennes) et Brice Matthieussent (écrivain, traducteur, critique d'art et professeur à Marseille).
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Le jury arriva avec 20 min de retard. Annoncé à 9h, je commençai à parler à 9h25.
On peut estimer qu'un diplôme est une conversation avec des personnes découvrant votre travail. Ce ne fut pas le cas. C'est une mise à l'épreuve. Il faut savoir se positionner face aux autres artistes et à la contemporanéité de ce qui fait événement en métropole. Ce que j'ai fait mais qui n'a pas convaincu. On m'a cité Thomas Struth et Robert Frank en vis à vis des portraits alors que je me rapproche plus d'un Emmet Gowin ou d'une Julia Margaret Cameron. J'ai défendu l'incarnation et l'individualité des personnes que je photographie, je ne suis ni dans le type ni dans la socialisation Düsseldorfienne. Si je partage la démarche Frankienne - à mon avis un des plus grands artistes que la photo ait jamais connu, comparé à des photographes comme Eggleston qui prouve par sa dernière expo le vide de son regard face à l'épreuve du temps et des pseudo commandes - d'observer l'extérieur pour regarder l'intérieur, il m'est difficile de comprendre la position du jury sur le recadrage alors que je recherche la suspension du temps via un matériel lourd et dense.
En ce qui concerne les polaroids, on a évoqué que je "cachais les corps" et la nudité alors que le mur en comportait 4 et loin d'être des tendres. On m'a alors cité Gerhard Richter et son travail d'archivage Atlas. Tout sauf ce que je recherche à faire, il s'agit d'un travail obsessionnel, compulsif, proche d'un Jamie Livingston et d'un projet de jeux avec les codes de la photographie amateur (Mike Brodie), le photographique (Tarkovski) ou l'histoire de l'art. Même l'autoportrait en Emily Dickinson n'a pas réussi à les mettre sur la voie. Je suis passée pour une naïve peu ouverte car à la question "Regardez-vous des spectacles de danse ?", j'ai répondu que je préférais aller au cinéma voir tout type de film et comme l'a très bien dit Madeleine Van Doren à la délibération: "Vous n'allez pas faire une œuvre avec ça, quand même !"
J'ai bien compris, a posteriori, que l'on attendait certaines réponses de moi, puisqu'une fois encore, en délibération, Brice Matthieussent m'a dit: "A la question, 'Quel peintre vivant vous aimez ?" lorsque vous avez répondu 'Julian Freund', je vous ai trouvé complètement à côté de la plaque." Les larmes ont grimpées quand avec une once d'hypocrysie bourgeoise au coin de ses lunettes chanel ma chère Madeleine m'a demandé: "Qu'allez vous faire maintenant ?" Je me suis tu et ai couru jusqu'aux toilettes les plus proches pour étouffer mes pleurs et ce cri intérieur appelé "incompréhension". A côté de quelle plaque ? Ces bouffons de l'administration incapables d'ouvrir mon journal de travail, ramassis de critiques guindés qui sortent les éléphants de l'art contemporain pour appuyer leur sentiment minable sur une démarche qu'ils sont incapables sinon de comprendre de, simplement, voir.
3h après, ma seule envie a été de faire annuler cette tâche de diplôme qui a gâté en 20 min 3 ans de travail acharné. "On vous donne le diplôme pour la qualité technique." Misérable os jeté pour le bâtard errant autour de la propriété. Je me retiens de dire que les braves abrutis baveront un jour ou l'autre sur leurs bêtises.
Madeleine, si je vous recroise, protégez vos lunettes car vous serez probablement la victime d'une performance artistique. Pola à l'appui. Et ce ne sera pas le bisou fait à la toile de Cy Twombly cette fois mais sans conteste le baiser du judas de la porte de ma chambre noire.
Tout est perdu fors l'art.
Accrochage à l'Église St Anne du 13 au 15 juin.
Ma vision du Diplôme
Commentaires
chris is the best
Too F***ing hilarious !!!
vigo.
Eggleston, un regard vide...une critique virulente...je trouve pourtant son regard porté sur le quotidien intéressant, laissant libre court à son imagination tels ses dessins ou ses morceaux au piano...J'ai aimé son exposition à la Fondation Cartier. Les couleurs, le cadrage oblique, serré, ambigu, l'atmosphère d'une ville dont on sait que c'est Paris, mais que l'on pourrait assimiler à d'autres villes. J'y ai retrouvé la part de "quotidien" que j'aime dans ses séries sur les Etats-Unis. La moquette rouge à l'entrée, le piano qui joue seul de la musique, les citations inscrites sur les murs, blanc sur fond rouge. Son souhait de faire couler ses images comme de la musique...
...Chère Mya j'ai également bien apprécié la scénographie chic & feutrée de l'expo Eggleston chez Cartier mais la fascination s'est arrêtée au salon sans atteindre cette dernière série parisienne d'Eggleston. Voici ce que j'en avais écrit pour en faire part à Tea à l'époque :
" Pour Eggleston, c'était assez terrible en effet. Après avoir pénétré dans le salon "cosy" avec piano qui sert de scénographie d'accueil à l'expo (ça c'était chouette)...le travail proprement dit est bien décevant. une cinquantaine de tirages (ou impressions c'est pas précisé) formats plus petits que 30x40, couleurs.
Vues anodines et chiantes de Paris par un septuagénère qui n'a visiblement plus grand chose à raconter en images : détails de tags en gros plan, poubelles, signalétiques, vitrines, photo d'affiches de pub. Le pire, c'est qu'Eggleston dit appliquer ici ce qu'il a tjrs fait auparavant dans ses autres travaux...Rubbish ! il y avait des monographies de ses anciens boulots américains à l'étage de la fondation et là les photos (période 170-1979) sont admirables et les couleurs (si importantes ds le travail d'Eggleston) sublîmes!
Dont déduction: le papy sucre les fraises à peu de frais (ceux de Cartier) et en plus il refourgue ses gribouillages abstraits au feutre, mis en exergue de certains tirages, pour mieux m'énerver.
Bref, tu m'aura compris, Eggleston rejoint le cercle des grands photographes qui ont donné leur "best" il y a quelques temps et qui maintenant n'ont plus envie de se fouler !!! "
Vigo
Les juges...
Un message un peu en décalage, puisque non destiné à discuter les questions photographiques, mais plutôt les questions existentielles.
"Vous n'allez pas faire une œuvre avec ça, quand même !". Voilà un beau jugement bien senti et bien nauséabond. Je connais ce genre de situation, pour avoir longuement logé dans la catégorie des poids morts de la société. L'environnement (au sens large) ne répond pas à l'image que l'on a de soi-même, et pire, certains prennent plaisir à vous le faire sentir. Dans de telles situations, l'alternative est simple :
- ou bien les juges ont raison, et il est difficile de leur en vouloir.
- ou bien les juges se trompent, et leur avis devient insignifiant.
Pourtant, dans la majorité des cas, c'est la troisième branche de l'arbre binaire qui l'emporte :
- ou bien les juges se trompent, et leur avis devient d'une importance capitale.
Et nous donnons presque immanquablement dans le panneau. D'où vient l'erreur ? D'une part, nous hésitons, ce qui semble-t-il naturel, à destituer des juges d'un coup de baguette parce que leur jugement nous déplaît. D'autre part, et cela n'est pas rassurant pour la nature humaine, plus le jugement est brutal, arbitraire, plus le juge semble fort et sûr de lui, et moins nous semblons aptes à la remise en question.
Il est cependant possible d'échapper à l'écueil. Cela impose de refaire, avec toute la rigueur et l'honnêteté possibles, le jugement sur soi-même tel qu'il aurait du être fait par ceux qui se sont trompés. Cela peut se faire avec l'aide d'autres personnes, mais c'est surtout une affaire entre soi et soi.
Je n'ai certainement pas à te dire ce que tu dois faire ou penser, mais je crois fermement que Madeleine ne mérite pas beaucoup de considération.
P.S. en cas de performance, j'aimerais voir les polaroïds du corps (que j'ose espérer loin d'être tendres, c'est mon côté sadique).
Cher Vigo, peut être que effectivement, les vues de Paris se font plus "chiantes" que celle des USA, mais parfois mon regard me dit de continuer à regarder et d'y voir ce que j'ai envie d'y voir aussi. Car mon regard d'européenne me fera toujours apprécier les vues américaines, découvrir cet ailleurs.
Il faut que je réfléchisse à cette différence dont tu parles entre ses séries...ces dessins sont peut être "sans intérêt" mais montre son "feeling" avec ce qu'il voit. La sensation, l'émotion. Peut être que c'est une déformation de mon cursus en arts plastiques. Et peut être aussi que "l'amour" rend aveugle, qui sait.
Coucou Tea
Je suis passé l'autre soir par curiosité et j'ai lu la page sur ton escapade à New York quasiment d'une traite. C'était passionnant !
Gros bisous et bonne continuation !
--Le Grand Snake ;)
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