28 septembre 2009
Why ?
Bien bien.
Entends-tu le temps qui frissonne ?
C'est la fin d'une époque. Celle des études.
J'entends bien celui des travaux le long de la Nationale 7.
Lorsqu'il me faut appeler respectivement la CAF, la LMDE et EDF (pour la 3e fois - "Ne quittez-pas, un conseiller bleu ciel va vous répondre") et réclamer respectivement des sous, une bonne adresse et encore des sous auprès du schtroumpf électricité. Administration voleuse de temps partiel ! En patientant au bout du fil, j'observe l'affairement des marteaux piqueurs.
Montargis (où à côté New York City, Paris et Londres ne sont que pâles copies), ville fleurie, où j'ai installé le pôle emploi et recherche du siège social de "guillemette m.". Hier, diplômée de l'E.N.S. de Photo d'Arles. Aujourd'hui, chômeuse apprentie. Choc garanti ! J'ai rejoint le bataillon des fainéasses en survêt qui bricole des dossiers chez Paul Amploit et fait la queue aux impôts pour retirer le "formulaire P0".
Quelle maladie contagieuse (et conseillère) que celle qui porte le nom de "chômage". Apparemment en phase 6 du virus. Presque 10% de contaminés. Solution hydroalcoolique à l'entrée. Contre la propagation, créer votre "profil". Ensemble de données concernant l'usager de la carte rose saumon et dont les caractéristiques peuvent être soigneusement agencées dans des petites cases minitel, y relatant ses "compétences professionnelles". Welcome to ROME. Maîtrise des Logiciels suivants. Je recherche un poste à temps plein ou à temps partiel (...) Vous avez été quoi ? "Iconographe chez Télérama." Comment ça s'écrit ? "Iconographe ou Télérama ?" Les deux. Je n'ai heureusement pas assez de smileys pour exprimer ce que j'ai ressenti alors je reviendrai à la vieille expression du XXe siècle: "Un ange passe." Donc, il me faudra le contrat de votre employeur, vos contrats de stages, vos fiches de paies du mois de juin et d'août, sans compter celles de l'année passée, une photocopie de votre carte d'identité, de votre carte vitale, de votre mutuelle, votre numéro de passeport, votre carnet de santé, l'attestation de votre médecin confirmant que vos vaccinations sont à jour, votre carnet de liaison du lycée où vous avez été scolarisée, la photocopie de vos diplômes certifiée "copie conforme" par l'hôtel de ville, les adresses et les numéros personnels de vos arrières grand-parents, votre livret de famille signé et daté par les préfectures où vous avez résidé, votre plaque d'immatriculation et le n° siret de votre assureur, votre numéro d'allocataire et votre code confidentiel, votre numéro client orange et sfr puis, évidemment, celui de France Télécom, sans oublier celui de EDF/GDF pour que nous puissions transférer votre dossier, par bélinographe, à la CAF de votre région qui, à son tour et après une longue queue de 35 minutes - je ne vous le cache pas, nous sommes très sollicités (jusqu'à 16h30 de l'après-midi) - vous demandera les mêmes pièces du dossier en 9 exemplaires. Au cas où vous oublierez un élément, je vous le note et vous fait une photocopie à ramener bien évidemment avec le dossier ci-joint lors de votre prochain rendez-vous avec l'Atelier qui vous permettra de comprendre comment marchent nos services.
A ce moment précis, je suis devenue chômeuse de mon propre cerveau.
Et j'ai commencé à penser comme une chanson des 3T:
"Why does Monday come before Tuesday ?
Why do summers start in June ?
Why do winters come too soon ?
Why do people fall in love,
When they're always breaking up ?
Oh why ?
Why do we love if love will die ?
Why does Wednesday come after Tuesday ?"
Il va me falloir du temps pour me remettre de mon premier rendez-vous chez Paul. Le soin de réaliser combien chômeur est un emploi à temps plein. CVs, lettres de motivations rédigées de ma plus belle écriture. Après un petit café, la question existentielle, "Que vas-tu faire de ta vie ?", de la rigolade au vue des qualifications requises pour remplir les cases de nos paperasses administratives. T.V.A., franchise en base ? Réel simplifié ? Réel normal ? Mini réel ? Assujettissement à la TVA en cas d'opérations imposables sur option ? Option pour le dépôt d'une déclaration annuelle de régularisation portant sur l'exercice comptable ? Ou option pour le dépôt de déclarations trimestrielles si TVA estimée inférieure à un plafond de 4000€/an ? B.I.C. et B.N.C. ? Fastoche ! La réponse D.
J'ai fait grincer l'imprimante. Préparer des dossiers de résidences arthristiques et des concours, une habitude. Un 5e refus, j'ai soufflé mes bougies du 110e jours en dehors de l'E.N.S.P.. Les photos pliées dans leurs enveloppes de retour affranchies au tarif en vigueur, une broutille. L'argent foutu par les fenêtres, aucun problème. La colère, le déni et l'acharnement, de la pisse de chat comparées aux longues balades dans les métros et RER parisiens pour assouvir ma soif d'indépendance. Respirer le bon air pur de la ville de Paris, un véritable délice. Tu croyais quoi que la vie c'était la photographie ? Se faire rouler dans la farine par les compromis. Le quotidien en est désormais rempli. Saloperie ! Brosse toi sur mes pompes et je sortirai mon objectif.
Il y a eu ces petits Nespresso à Télérama pour me réconforter en arrivant au 3e étage de la rue Jean-Antoine de Baïf. Les gens accueillants comme François, Catherine, Luc, Françoise, Martine et Laurent. Des découvertes enrichissantes dans le travail de "rédactrice iconographe". Trouver l'image qui fera peut-être la différence, être enquêtrice, trouver la source de l'image, la battée et le téléphone dans l'autre main, appeler les agences et les services de presse, clamer le statut de la chercheuse d'image, "go west my friend!", prête à tout, même à acheter une photo de Bob Dylan à $250 chez Black Star à New York. Fais tomber the picture because afterwards y a le programme télé qui m'expect dare dare. Et Bouteiller, alias TCD, c'est pas de la nioniotte ! Avis à la population qui pane que dalle ! Iconographe, c'est un métier.
Commencer dans la vie active, aussi un beau métier ! Se lever le matin et démarcher. Accroche toi jeune artiste indépendant, tu vas comprendre la souffrance du mot free lance . Et comme disait Michael dans sa vidéo censurée:
Continuer une création personnelle par les temps qui courent c'est faire preuve de dignité. Tout amène à te faire choisir la facilité, RSA ou n'importe quel boulot pépère, payé le SMIC. Taux horaire 8,82€. Salaire mensuel sur la base des 35h, 1337,70€ brut. Alors fais comme Michael CRIE ta liberté avant qu'elle ne s'étouffe dans ta gorge et que tu finisses par lâcher le mot "abandonné". Alimentaire, certes, mais pas la fin de la faim. Du nerf et de la confiance en soi, comme disait si bien Emerson, pour refouler les moultes périodes de doutes qu'il va falloir affronter.
Peut-être que l'énergie ne sera pas toujours au rendez-vous et que le soir tu t'effondreras dans un lit célibataire. L'automne a fait tombé une première feuille et le vent s'esclaffe avec piquant. "Guillemette s'est encore évanouie", dans le M9 cette fois, mais elle est bien là. Swing and Sway my world of fear and Great Expectations. Time is running late and I have no watch on my wrist to conjure the death of little things and dispossession. Arles 27°, Montargis 7°. Chaleurs solitaires. "Why do winters come too soon ?"
31 août 2009
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
I AM SO NORA WILDE.
23 juillet 2009
En attendant...
... d'aller voir l'exposition
"Dans l'oeil du critique: Bernard Lamarche-Vadel et les artistes".
Michael Jackson, iconographie d'un mythe
Depuis le 25 juin dernier, j'ai absorbé le traitement de la mort de Michael Jackson par le monde des média.
J'ai lu chaque article de presse qui me passait sous le nez, sans différentiation; regardé chaque vidéoclip disponible sur internet ou sur les chaînes télé; assisté aux funérailles cathodiques de la légende en direct de Los Angeles; attendu puis décrypté le feuilleton lucratif du suicide/assassinat/homicide involontaire de l'homme de 50 ans, accroc aux analgésiques.
Bien évidemment, j'ai réécouté les albums du "roi de la pop", ceux qui traînaient à la maison: HIStory et Dangerous (en cassette audio). Bien évidemment, j'ai acheté ceux que je n'avais pas: Thriller, Bad et Dangerous (ce coup-ci en CD). Je n'ai pas osé acheter les albums trop jeunes (Off The Wall) ou que je considérais inintéressants, produits déjà épuisés d'un 'come back' raté: Blood on the Dance Floor et Invicible, bien que certaines chansons valent l'écoute ("Blood on the Dance Floor", "Ghost", "You Rock my World").
Enfin, je me suis demandée pourquoi cet intérêt soudain pour quelqu'un que je trouvais si risible depuis ces 10 dernières années. Les images pleuvent dans ma tête: l'arrivée à son procès en pyjama; sa voix douce et aigrelette se justifiant de n'avoir jamais attenté à la pudeur; son visage - toujours un peu plus - défiguré; sa blancheur fantomatique cachée par des lunettes noires et un masque respiratoire; images brouillées par un essaim de gardes du corps et une nuée de fans et de paparazzi... D'autres images viennent s'électriser à l'évocation des premières: le mauvais garçon devenu bienfaiteur enfantin (ou infantile?), porte-parole de la misère du monde ("We Are the World", "Man in the Mirror", "Heal the World", "Earth Song", "They Don't Care About Us" en sont quelques exemples); les chorégraphies lunaires qui irradient chacune de ses représentations et clips vidéo; le regard égyptien, magnétique, qui balançait constamment son identité entre masculinité et féminité. Jackson, ni noir ni blanc, ni adulte ni enfant, ni masculin ni féminin. Jackson ? Une énigme.
C'est en observant ces petites choses que je me suis rendue compte combien j'étais née dans les années 80. Il fallait l'admettre, j'aimais la musique de Jackson et Jackson avait accompagné ma vie. Je croyais être quelqu'un d'intellectuellement indépendant, voire révoltée, à la sphère médiatique et en particulier à la sphère médiatico-américo-jacksonnienne mais hier soir, en regardant le videoclip "Why?" des 3T (Boys Band au chômage et neveux du chanteur) d'une nullité et niaiserie toutes caractéristiques aux années 90, la mémoire et le lycée me sont revenus en pleine tête. Subitement, une peur surgit de mon inconscient: Madonna aussi allait mourir. Et peut-être ferais-je un jour le deuil des Spice Girls. Alors, le clip se prolongea par un autre. La télé parlait donc de ma propre mort et renvoyait à la notion de "génération", "d'époque"; elle parlait du "révolu", de la "mort d'une icône planétaire", pour reprendre le titre qu'avait choisi Le Monde. Elle disait: "Toi aussi tu vas mourir parce que tu es née dans les années 80 !". Comme Michael, je fus frappée du syndrome 'Peter Pan'. Je ne voulais pas mourir.
Je compris alors pourquoi la mort de Michael Jackson m'avait plus touchée que je ne le pensais.
Dans cette page, j'aurais très bien pu parler de Pina Bausch ou de Merce
Cunningham pour satisfaire mon égo élitiste, mais le
biberon de mes premières années était bien trop populaire pour me
rappeler autre chose que mon égo populo en ce mois de juillet 2009. Pour tous ceux, choqués, de voir à nouveau un blog inondé d'images déjà vues du déhancheur déchu, je comprends et m'excuse par avance.
Ce billet entend faire l'analyse de la création d'un mythe, celui du chanteur Michael Jackson, au travers de l'analyse des images qui nous entourent (presse, vidéo, art, communication etc.). Il entend montrer combien la force de l'image dépasse l'ordre de l'humain, voire même le dépasse pour l'anéantir (procès pour pédophilie dans le cas de la star), fabrique un monde de simulacres (cf. Baudrillard) et de réplicats de l'histoire, quand, nous-même, nous ne tardons pas à jouer du pouvoir qu'elles engendrent pour créer de l'événement et de l'historique (commémoration télévisuelle planétaire des funérailles de M.J. diffusée le 7 juillet 2009), valorisant ainsi nos existences par la célébration des images, telles un diplôme encadré, une médaille soigneusement dépoussiérée ou la disposition d'un ultime objet onéreux dans notre salon.
Regardons-nous, nos métiers se situent de plus en plus au devant d'un écran.
Au derrière des images.
Image, quand tu nous tiens...
Frénésie éditoriale française
Extraits de la presse française qui a fait une couverture avec l'image de M.J., lorsque ce n'est pas plusieurs comme pour les hebdomadaires Paris Match, VSD et Voici.
De la presse quotidienne à la presse à sensation, en passant par la presse musicale, Michael Jackson aura eu droit à sa couverture hommage.
Une personne, Des images
Ensemble de portraits pris à différentes époques de la vie de l'artiste.
Symbole du changement de couleur de peau (maladie ou processus volontaire?), de visage (multiples rhinoplasties reconnues) et donc d'identité, Michael Jackson aura fait coulé de l'encre pour avoir su transcender la notion de race et d'identité sexuelle.
Si ses clips vidéo et chansons crépitent de désir pour la gente féminine (ultime exemple avec le clip "In the Closet" où M.J. flirte avec la top modèle Naomi Campbell), la vie du chanteur est plus controversée. Père non biologique de 3 enfants, il n'aura pu déterminer au monde son hétérosexualité ou son homosexualité. A ce titre, un mariage avec la fille d'Elvis Presley n'aura pas semblé sexuellement légitime pour démontrer son hétérosexualité, au regard de ses différends avec la justice un an auparavant pour pédophilie.
Michael Jackson possède la forme qu'on lui donne.
Images d'un Mythe
(texte)
musique sans frontière, non traitée dans cet article qui constitue aussi une part essentielle du mythe
1/ Tenues scéniques
2/ Subitement la musique et la danse deviennent démodées
3/ La transformation physique: s'autocréer.

Des vidéoclips (Thriller à Scream) à la chirurgie esthétique.
Michael & Janet Jackson - Scream
Transcender les races, transcender les musiques.
Black is White and White is Black
visage efféminé - personnage asexué
(texte)
4/ Entourage et filiations (extraits)






(texte)
Quincy Jones, James Brown, Moonwalk, Marceau au mariage avec la fille du King (/....) blablbabla
5/ Récupérations populaires

par le maître de l'art pop, Andy Warhol.
Couverture du magazine Time datant du 19 mars 1984.
peinture ayant appartenu à M.J.
Mozinor parodie le clip "Beat It" et en fait "Bite It" en juin 2006.
6/ Le mythe immortel

Conférence de presse donnée à Londres le 5 mars 2009.
Dernière apparition publique officielle.

Répétitions au Staples Center, Los Angeles, juin 2009.
(texte)
"Et les média inventèrent Jackson"
De l'enfant précoce au dégénéré mental, la vie mouvementée et excentrique de Michael Jackson (/....)
(texte)
La parodie du procès de Michael Jackson pour attouchements sur mineur, vu par le show comique MADtv, diffusée sur la chaîne américaine Fox le 12 mars 2005.
La crucifixion assimilée:

Promotion du clip "You are not alone" (août 1995) , écrit par le chanteur R. Kelly, où la star se pose en Christ crucifié par les média. Le clip présente par la même occasion la relation intime entre Jackson et la fille du King, Lisa Marie Presley. Le mariage avec Lisa Marie arrivera juste après les premières déclarations d'attouchements sur le jeune Jordan Chandler - dont le chanteur soldera le silence par la somme de 22 millions de dollars - et prendra fin 2 ans plus tard, en 1996. Après la mort de Jackson, J. Chandler déclarera n'avoir jamais été abusé par la star et avoir menti pour enrichir son père.
Le documentaire du journaliste Britannique Martin Bashir, Living with Michael Jackson, diffusé en février 2003 où la star confesse avoir été battu par son père pendant sa jeunesse. Le documentaire révèle aussi les multiples visages de l'artiste: de la personnalité naïve et immature, victime de sa notoriété et d'une trop grande solitude, au culte de sa propre personnalité. Il souligne aussi la sexualité indécise de l'artiste, ses dépenses compulsives et son obsession des enfants et des mondes de l'enfance en général (jeux, collections, univers etc.).
"Et les média enterrèrent Jackson"
sous titre sous titre sous titre sous titre blablabla
(texte)
ils capturèrent l'homme mort.

On monnaiera l'annonce de la mort de la star sur CNN. Jermaine Jackson fera la déclaration. La famille consentante se chargera de l'embaumement médiatique au frais du contribuable américain. Plus de 2 milliards de téléspectateurs regarderont la cérémonie religieuse à la télévision à travers le monde.
La fratrie et le père (castrateur ? prométhéen ?) vendront leurs "révélations" aux différents pôles médiatiques et relanceront le débat sur le décès "prématuré" (homicide ?) du chanteur naïf. Aujourd'hui, famille, Jackson 4 et soeurs délaissées vont pouvoir améliorer leurs situations financières grâce à l'héritage de l'homme qui a vendu le plus de disques de son vivant. On atteindrait la barre des 750 millions (???) de disques vendus depuis sa mort le 25 juin dernier. La gloire a un prix et celui-ci est toujours négociable.
(texte; conclu)
Je souhaiterais finir avec ce dessin de Plantu, illustration du quotidien Le Monde, daté du mercredi 19 août 2009.
fin.
14 juin 2009
Les Adieux
Jeudi 25 juin
Le dernier vol de l'artiste.
Forever History.
Pendant ce temps là, à Téhéran
No comment.
Mercredi 10 juin, 9h45
Un mur de 890 polaroids (3h d'accrochage avec l'aide de 5 personnes) ainsi que ma série de portraits (10 G.F., 3 30x40cm et 2 24x30cm) pour le passage de mon diplôme.
Le jury était composé de Françoise Ducros (présidente), Madeleine Van Doren (ancienne directrice du Credac à Ivry, travaillant aussi avec Le Fresnoy), Georges Dupin (photographe et professeur à l'école d'art de Rennes) et Brice Matthieussent (écrivain, traducteur, critique d'art et professeur à Marseille).
Post

Le jury arriva avec 20 min de retard. Annoncé à 9h, je commençai à parler à 9h25.
On peut estimer qu'un diplôme est une conversation avec des personnes découvrant votre travail. Ce ne fut pas le cas. C'est une mise à l'épreuve. Il faut savoir se positionner face aux autres artistes et à la contemporanéité de ce qui fait événement en métropole. Ce que j'ai fait mais qui n'a pas convaincu. On m'a cité Thomas Struth et Robert Frank en vis à vis des portraits alors que je me rapproche plus d'un Emmet Gowin ou d'une Julia Margaret Cameron. J'ai défendu l'incarnation et l'individualité des personnes que je photographie, je ne suis ni dans le type ni dans la socialisation Düsseldorfienne. Si je partage la démarche Frankienne - à mon avis un des plus grands artistes que la photo ait jamais connu, comparé à des photographes comme Eggleston qui prouve par sa dernière expo le vide de son regard face à l'épreuve du temps et des pseudo commandes - d'observer l'extérieur pour regarder l'intérieur, il m'est difficile de comprendre la position du jury sur le recadrage alors que je recherche la suspension du temps via un matériel lourd et dense.
En ce qui concerne les polaroids, on a évoqué que je "cachais les corps" et la nudité alors que le mur en comportait 4 et loin d'être des tendres. On m'a alors cité Gerhard Richter et son travail d'archivage Atlas. Tout sauf ce que je recherche à faire, il s'agit d'un travail obsessionnel, compulsif, proche d'un Jamie Livingston et d'un projet de jeux avec les codes de la photographie amateur (Mike Brodie), le photographique (Tarkovski) ou l'histoire de l'art. Même l'autoportrait en Emily Dickinson n'a pas réussi à les mettre sur la voie. Je suis passée pour une naïve peu ouverte car à la question "Regardez-vous des spectacles de danse ?", j'ai répondu que je préférais aller au cinéma voir tout type de film et comme l'a très bien dit Madeleine Van Doren à la délibération: "Vous n'allez pas faire une œuvre avec ça, quand même !"
J'ai bien compris, a posteriori, que l'on attendait certaines réponses de moi, puisqu'une fois encore, en délibération, Brice Matthieussent m'a dit: "A la question, 'Quel peintre vivant vous aimez ?" lorsque vous avez répondu 'Julian Freund', je vous ai trouvé complètement à côté de la plaque." Les larmes ont grimpées quand avec une once d'hypocrysie bourgeoise au coin de ses lunettes chanel ma chère Madeleine m'a demandé: "Qu'allez vous faire maintenant ?" Je me suis tu et ai couru jusqu'aux toilettes les plus proches pour étouffer mes pleurs et ce cri intérieur appelé "incompréhension". A côté de quelle plaque ? Ces bouffons de l'administration incapables d'ouvrir mon journal de travail, ramassis de critiques guindés qui sortent les éléphants de l'art contemporain pour appuyer leur sentiment minable sur une démarche qu'ils sont incapables sinon de comprendre de, simplement, voir.
3h après, ma seule envie a été de faire annuler cette tâche de diplôme qui a gâté en 20 min 3 ans de travail acharné. "On vous donne le diplôme pour la qualité technique." Misérable os jeté pour le bâtard errant autour de la propriété. Je me retiens de dire que les braves abrutis baveront un jour ou l'autre sur leurs bêtises.
Madeleine, si je vous recroise, protégez vos lunettes car vous serez probablement la victime d'une performance artistique. Pola à l'appui. Et ce ne sera pas le bisou fait à la toile de Cy Twombly cette fois mais sans conteste le baiser du judas de la porte de ma chambre noire.
Tout est perdu fors l'art.
Accrochage à l'Église St Anne du 13 au 15 juin.
Ma vision du Diplôme
30 mai 2009
En attendant la fin...
Chocolate Fudge Brownie
Derniers préparatifs avant un nouveau départ.
Ponçage, peinture et passage d'aspirateur dans les salles du Capitole en Arles.
Compter les tirages, refaire les tirages, archiver ses photos, repiquer les photos, scanner les photos.
Prendre des cafés avec les gens, fumer avec les gens, se prendre la tête avec les gens et faire semblant d'oublier en parlant du temps. Manger un sandwich puis deux, penser aux couleurs: trop bleu ? trop cyan ? Soutenir le moral des recrues au diplôme. Aller au cinéma chaque soir pour oublier la tête des autres et la photographie. Retrouver le centre: soi. Un Mariage de rêve entre Anges et Démons qui ont Quelque chose à te dire. Penser à une scénographie d'accrochage. Combien de tirages ? Combien de possibilités ? Peut-être celui là. Reconsidérer cette photographie.
Vider un pot de Ben & Jerry's en deux soirées. Marcher jusqu'au supermarché pour s'offrir la grâce d'un changement d'air. Tu encadres toi ? Tu contrecolles ? Ecouter Gomez en boucle puis le 'Wolves' de Phosphorescent. Photocopier des portraits de Peter Hujar à la bibliothèque. Acheter du papier Kodak super cher pour faire les choses biens. Tomber amoureuse du papier Kodak. Manger du boudin noir. Écrire le premier jet d'un poème: "The Krispie Bowl". Clavioter des mails. Saluer avec entrain le chef du Restaurant Universitaire. Casser les bonbons aux professeurs. Se répéter. Supra Endura Brillant. Tenir le pinceau pour faire disparaître les maudites poussières. Déchirer 3 tirages presque parfaits. Choisir cette image de Julie.
Pas mal tes cartels, c'est du combien de grammes ? Tirer. Mouiller. Racler. Sécher. Repiquer. Envelopper. Ranger. Compter les boîtes Fuji. 12. Aller à la Poste en grève. Veillez au grain du mois de juillet. Enlacer quelqu'un. Acheter un Mamiya 6x7 au LG. Négocier un polaroid pour faire baisser le prix. Faire le polaroid. Écluser une boîte dans la foulée. Putain, c'est pas possible !!! Incendier les scénaristes de House M.D.. Oublier d'appeler la famille. Être nostalgique de New York. S'endormir sur The Civil War de Ken Burns. Se réveiller avec Ossip Mandelstam. Trop classe tes espadrilles ! Un croissant puis deux. S'embraser. Souffler. Annoter. Patafixer.
Entamer un nouveau pot de Ben & Jerry's.
Extrait d'un journal de travail
Quelques bribes pour agrémenter mes réveils difficiles.
Purple - is fashionnable twice -
This season of the year,
And when a soul perceives itself
To be an Emperor.
- Emily Dickinson
You slapped my face
oh but so gently
I smiled
at the caress
- William Carlos Williams
Je n'ai pas su, dans le brouillard, saisir
Ton image douloureuse et fragile.
" Seigneur ! " ai-je dit par erreur,
Sans vouloir prononcer ce mot.
Le nom divin, comme un oiseau immense,
S'est échappé de ma poitrine.
Devant moi les volutes d'un brouillard épais,
Et derrière moi une cage vide.
- Ossip Mandelstam
Me contemplant
elle se renfrogne -
la grenouille !
- Kobayashi Issa
Le portrait de Moissac, 1999
Le portrait d'Arles, 2009
23 avril 2009
New York, The City (6)
Jeudi 23 avril
Levée à 6h30 pour raccompagner AGV à la gare Penn
Station. Son train est à 8h20. On arrive vers 7h30 à la gare. Je regarde les
journaux. AGV se prend un chocolat chaud. La couverture d’Esquire magazine est un plan frontal du visage de George Clooney. Éclairage pub. Les mugs I LOVE NEW YORK sont moins chers ici qu’ailleurs, j’en
prends un à $4. On patiente dans la salle d’attente. Puis AGV s’enregistre à la
douane Canadienne avant de partir. Remerciements et salutations. New York –
Montréal : 10h de train. J’admire sa détermination. Sa profonde affection. Immuable notre amitié depuis la 6e. Je vais à la Post Office
Vendredi 24 avril
Restée à l’appart toute la matinée pour écrire.
Dent de sagesse officiellement sortie. Pas d’espace dans
ma bouche. Beau temps.
Appel de Robert Blake vers 14h pour me proposer un verre chez lui sur sa
terrasse. Je fixe notre rdv à 16h. Je sors à la 33e, passe par
B&H et le rejoins au 18e étage d’un immeuble. PHB : Pent
House Apt B. Il est au téléphone. Je fais le tour de la terrasse, vue imprenable
sur New York, l’Hudson River, l’Empire State ainsi que le bord Ouest de
Manhattan. De sa terrasse, on distingue plusieurs niveaux de routes qui
s’entrecroisent, comme si la ville avait tissé un réseau routier surréaliste. Discussions
autour d’un grog maison. A la tombée de la nuit, nous partons manger dans un
‘dinner’ à quelques mètres de chez lui. Le repas est conséquent : ribbs de
porc with apples and onions, mashed potatoes and corn. Nous n’arrivons pas à
finir alors nous prenons un doggy bag. Arrêt à l’épicerie du coin pour prendre
une glace au chocolat Ben & Jerry’s et une banane. Chocolat simple. Pas
trouvé de ‘Chocolate Fudge Brownie’, ma préférée. Discussions et prise de vues
de la ville illuminée à l’aide d’un de ses trépieds. Blake a des milliards
d’histoires à raconter. Je quitte son appart à 1h10 du mat.
Samedi 25 avril
Rdv à 10h chez les Kirili. Arrivée à 10h10. Ariane,
chemise vert d’eau et rouge à lèvres orangé me propose un café puis Alain
Kirili débarque dans la pièce, chemise rouge et veston en cuir. Le loft est
tellement rangé qu’il semble vide. Lors de notre échange qui ressemble plus à
un interrogatoire qu’à une conversation, je leur transmets les salutations de
Patrick Talbot. Kirili dit qu’Ariane va donner une conférence à l’école tout en
se servant un café, Talbot lui a dit cela entre deux portes, avise-t-il. Je sais que cela est
faux puisqu’avant de partir Talbot m’avait dit qu’il avait essayé de placer sa
femme comme conférencière lors d’un vernissage parisien où ils s’étaient
rencontrés et il m’avait prévenu qu’ils me demanderaient quelque chose en
échange. Je trouve cela gonflé mais je ne pipe mot. Ils me font passer un
casting. Comment connais-je MO ? Comment est l’école ? Les
professeurs ? Qu’est ce que je veux faire après l’école ? Qui ai-je
photographié ? « J’ai vu votre site. C’est très bien mais vous ne
photographiez pas de gens connus ? » « Non mais un peu quand
même. J’ai pris en photo des photographes mais si MO ne figure pas sur le site
c’est parce que la photographie ne collait pas dans cette série. » « Ummmm…
Les gens connus, c’est pas pareil. », Kirili me répond. Ariane quitte
momentanément la pièce. Kirili me parle de l’attractivité New Yorkaise, plus
stimulante que Paris. « J’aime déjeuner chez mes amis Maliens dans
Harlem. » Il me parle de l’énergie que les Américains ont face au travail.
« Ils ont une mentalité de pionniers, vous savez. » Je l’écoute raconter
sa vision de New York. J’acquiesce de temps en temps, esquisse un « oui,
tout à fait », un « vraiment ? » ou un « en effet ».
Des banalités. La conversation n'est pas naturelle mais nous faisons tous deux semblant qu'elle en donne l'illusion et qu'elle assoit une apparente décontraction. La session photo commence. J’aurai aimé
faire de l’extérieur mais ils veulent être pris dans l’atelier, c'est-à-dire le
salon. Je suis en 160 iso, trop juste. Ariane me dispose une lampe pour faire
un éclairage d’appoint. Elle veut poser devant ses images, enlève ses lunettes
et prend une pose assurée et dominatrice. Je ne dis rien. Je prends une dizaine
de photos et j’ai l’impression de gaspiller de la pellicule. Elle veut regarder
les photos que j’ai prise, elle s’approche de mon appareil, croyant que c’est
du numérique. Je suis sauvée par l’argentique. Elle me dit en rigolant :
« Vous ferez attention aux rides. » Puis c’est le tour d’Alain, il
s’assoit sur une chaise avec une de ses sculptures dans les mains - un bronze
ébène qui a la forme d’un manche à balai torsadé - et commence à la fixer d’un
air interrogateur : c’est sa pose à lui. C’est absolument ridicule et fat.
Je n’ose pas lui dire de virer sa sculpture. Je prends les photos. A un moment,
il me demande de passer sous lui pour avoir des vues en contre-plongée. Désir
de puissance ? J'exécute bêtement, pensant combien le résultat sera médiocre. Je me maudis de rester si sage. Que signifient ces poses ? Sont-ils
tous les 2 complexés à ce point ? L’une par la vieillesse et lui par le
pouvoir ou le manque de puissance/reconnaissance ? Je comprends la
difficulté du travail d’Olivier Roller. Je n’avais jusqu’à présent jamais pensé
la photographie comme une contrainte. La liberté s’était soudain muée en piège
économique, non au sens monétaire mais au sens d’échange obligé. Fin de la
première partie, je range la matériel et fait une escapade aux toilettes. Puis, je propose une escapade dehors pour des photos en extérieur. Suis-je maso ?
Il fait chaud. Il me propose un endroit à l’ombre, je dis non car le cadre n’est
pas assez intéressant. Nous allons au coin de la rue et je les fais asseoir sur
la terrasse d’un restaurant. Je fais 3 vues peut-être. Ariane interrompt la
séance, la terrasse lui brûle les fesses. Elle décide d’aller acheter du vin
blanc. Puis, nous regagnons le loft. Je prends mes affaires, les remercie pour
leur accueil et temps consacré et les quitte. Il est midi et il fait déjà très
chaud. Je déguste mon œuf dur et les sandwiches que j’avais préparé avant de
partir au pied de leur immeuble, à l’ombre. Je ne connais pas le quartier de
Tribeca et de Greenwich. Occasion de se promener et de découvrir. Balade donc
sous un soleil de 27°C dans le West puis East Village. Croisé une homeless/bum
black au regard perdu et malade. Ai vu filé la photo en un instant mais suis
revenue sur mes pas pour en faire une autre, différente de celle escomptée. Il
ne faut jamais laisser filer le moment. Le temps photographique est si fuyant et liquide.
Ai cherché l’arc de Washington, plan de la série Friends. Ai trouvé le parc en question, bondé de jeunes avec des
bassets en laisse. Toute une partie du parc était interdit au public pour cause
de travaux mais il était agréable d’être au milieu du monde. Parc ombragé,
rafraîchissant. Petit concert improvisé par un groupe de jazz, gens allongé sur
l’herbe, assis sur les bancs, rêveurs. Robes colorées. Tongues. Beaucoup d’étudiants.
Repartie après quelques photos. Pris le métro à Astor Place pour rentrer faire
une sieste. Réveillée vers 17h30 pour retourner à Staten Island. Le ferry de
Staten Island est l’un de mes endroits préférés. Il offre un point de vue
absolument superbe sur la ville. Quelque soit le temps, je trouve la traversée
vibrante. Souvent les mouettes accompagnent le bateau jusqu’au port. Le ferry
passe plus ou moins loin de la statue de la liberté. Sentiment d’être un
immigré découvrant le nouveau monde sans le bordel douanier. Ai pris le ferry
de 19h et celui de 20h au retour. Le temps était radieux. La brise marine
agréable. Laissé mes pensées flotter. Quelques photos pour figer l’éphémère de
cette traversée en solitaire.
Dimanche 26 avril
Réveil sonné à 7h30 mais levée à 10h.
Balade le long du Parc au Nord jusqu’à l’église 2nd
Canaan à Lenox Avenue sur la 110e Street. Rentrée dans l’église. La
messe avait lieu à l’étage. Je fus placée par une des enfants de cœur. Beauté
de la peau noire sous l’habit blanc. On lisait un passage de la bible. Je
n’étais pas la seule touriste mais sans doute la seule avec l’appareil photo
autour du cou. On acclame dieu et certaines personnes du public,
essentiellement des mamies noires américaines, très apprêtées, se lèvent
et frappent dans leur main au son du chant du chœur, composé
d’adolescents. Je fais 3 photos mais au moment de l’accueil de
son prochain, je me fais repérer par une mamie qui me dit que je n’ai pas le
droit de photographier. Regard fusillant. De trop dans la communauté et à
l’approche des simagrées religieuses, je décide de partir reprendre ma balade.
Casque sur les oreilles. Chaleur étouffante. 32°C. Je croise une bande de
jeunes : « Miss, hello ! You’re gorgeous Miss. » Je
remercie et je continue. « Do you have a boyfriend ? ». Ah oui, c’est
vrai, aujourd’hui la chaleur et la féminité m’avaient fait choisir jupe-collant,
bottes noires et chemisier blanc. Des gens bronzent allongés sur une serviette
de bain. Photo. Joueurs de baseball répartis sur plusieurs terrains :
casquette et maillot numéroté, couleur au choix, équipes mixtes. Photo. Attente
derrière le grillage de protection. Peut-être une bonne photo.
Repris le métro à la 86e, sortie à l’arrêt suivant
Acheté glace, œufs et morceaux de melon. Pancakes et pris un coca au Subway.
Fait des pâtes et regarder la tv.
Sieste puis sortie pour aller à Brooklyn voir Elise.
30 min du retard car je m’étais trompée de plateforme.
Arrivée à 17h30, discutée jusqu’à 20h30 puis repartie
chacune de notre côté.
A la maison, Noah avait ramené une fille. Bourré.
20 avril 2009
New York, The City (5)
Week 3
Lundi 20 avril
Séché le cours de Jesal Kapadia avec délectation.
Lu Gefter au lit. Très belle chronique sur le travail
d’Henry Wessel dont je connaissais les paysages urbains en noir et blanc mais
ne connaissais pas la philosophie de travail, proche de la poésie de William
Carlos Williams. A creuser à la bibliothèque de l’ENSP. Potentiel père/pair
photographique.
Sortie ma caméra, filmé des vues de ma fenêtre.
Envoyé un mail à Ariane. Réponse d’Alain et d’Ariane
distinctes voulant tous 2 voir mon travail. Je sens l’étape du casting débuter.
Etape 1 : recommandation. Etape 2 : savoir faire. J’envoie mon site
web. Épreuve réussie. Mail de félicitations avec un « Amicalement,
Alain ». Encore des gens qui ont perdu le sens des mots. Rdv pour les
portraits fixé à samedi, 10h.
Pluie commencée à 13h. Somnolé. Mangé. Écouté le temps qui passe.
Re-somnolé jusqu’à 18h puis partie pour récupérer AGV à la Penn Station. Train en
provenance de Montréal prévu à 20h35. Ai arpenté la gare en long, en large et
en travers sans la voir. Appelé Noah en urgence pour lui demander de décrocher
le téléphone si AGV appelait. Envoyé 2 textos sur son cellphone canadien. Sans
réponses. 22h, je prends un Big Mac au McDo de la gare, $7,25. Mon premier Big
Mac Américain. La gare grouille de gens perdus, homelesses avec des démarches
dignes de The Ministry of Silly Walks.
Je crois l’apercevoir descendant un escalator, je me rapproche mais je heurte
une bande de Rangers bruyants, tous habillés d’un haut de survêt bleu. Perdu ma
cible du regard. Un match peut-être quelque part. Le coca normal de chez Mc Do est
un coca XL ici. Je sirote en attendant de voir arriver AGV. Sans succès. Je
reçois deux appels de Mark Jones. Je refuse le 1er,décroche au 2nd,
1h après. Je joue les stressée qui doivent raccrocher en expliquant la
situation car j’en ai un peu rien à battre qu’il ait mis ses sneakers au lave
linge et qu’il ait répété dans la journée. J’entends une sonnerie lors de notre conversation, peut-être
est-ce AGV qui m’appelle. J’abrège la conversation: « I’ll call you back,
byebye ». Mon répondeur ne marche pas. Pas d’appel. Je poirote plus de 2h.
Je donne le reste de ma portion de frites à un homeless qui cherchait des
restes dans une poubelle. Il est grand et maigre. Lorsqu’il s’approche de la
poubelle, son pantalon tombe, ce qui fait sourire 2 policiers. A 23h je décide
de rentrer. Dans le métro, mon portable ne capte pas et cela m’angoisse, à
l’idée qu’elle pourrait appeler au moment même où cela ne capte pas. Arrivée
devant la porte d’entrée de l’appart, le téléphone sonne. C’est AGV, elle est
toujours à la gare. On ne s’est pas croisé. Elle est arrivée à 20h45 et on ne s'est pas croisé. Je lui indique l’adresse. Elle va
prendre un taxi, c’est plus simple. Il est environ minuit quand le taxi la
dépose au coin de la rue. Soulagée.
Mardi 21 avril
Réveillée plus tard que prévu avec AGV. Pris petit déjeuner, discuté
puis sommes parties avec l’idée d’une journée bien remplie en tête. Nous sommes
sorties à Times Square. Masse d’écrans à la sortie du métro. Effet bœuf. Comme
dit AGV, « A côté Montparnasse, c’est de la nioniotte », enfin je
crois qu’elle a dit un truc comme ça. Puis nous avons marché en direction de
B&H pour acheter des pelloches. Après lui avoir montré le spectaculaire, je
voulais lui montrer le Jewish store par excellence. AGV pense aux sketches
d’Eli et Dieudonné de la bonne époque, « Alors Cohen, t’as mis les boules
et les guirlandes aujourd’hui ? ». "LOL".
Je commande 5 Kodak Portra
400VC et 3 Portra 160VC. Le vendeur, Pinny, me pose plein de questions et
rempli son ordi-minitel : adresse, téléphone, email. La gestapo juive :). Coût :
$47,71. Je paierai en cash à un autre comptoir. "Next". Je retrouve le même
caissier que la première fois que je suis venue au B&H au niveau du
paiement. Il a la peau toute sèche et des pellicules plein les cheveux et la
barbe. Puis je récupère mes pellicules au comptoir des Pick Up. On parle
photographie et on en vient au côté peu sexy de la barbe et des papillotes.
Dommage parfois. Un peu affamées, nous nous dirigeons vers Madison Square où
nous faisons la queue pour manger un Shack Burger avec des French Fries. Nous
devons attendre, une manette à la main, que notre déjeuner soit prêt. Lorsqu’il
est prêt, la manette vibre et clignote rouge. Pris une photo du repas.
Délicieux. 16h environ. Puis pris le métro 6 pour aller à Brooklyn Bridge. Marché
sur le Brooklyn Bridge avec d’autres touristes comme nous. Vu un mec chier à
côté de la poubelle, caché par deux autres mecs. A man’s gotta do what he’s
gotta do. Puis direction le WTC. Trou béant invisible à l’œil du public. Un
ouvrier habillé en orange et jaune souffle dans un sifflet dès que je
m’approche trop de la grille. Un prêcheur noir raconte l’histoire de
l’effondrement des tours à une famille de touristes, un livret à la main. Il y
a un énorme bronze en relief au pied d’un immeuble qui montre les tours en
flamme. Des photos délavées de pompiers avec leurs casques significatifs sont
exposées à côté de cette sculpture. Nous continuons notre déambulation du côté
de l’Hudson River. Le temps est agréable mais brumeux. Les jardins
hospitaliers. Je prends des photos tranquillement. Arrêt au Starbucks de
Battery Park. Un cappuccino et un banana nut loaf pour moi. AGV, un chocolat.
Pas très bon selon elle. Direction le Ferry de Staten Island. Nous prenons
celui de 18h30. Vue imprenable sur la ville qui s’éloigne et sur la statue de
la liberté. Endroit le plus beau jusqu’à présent. Nous décidons de prendre
celui de 19h30 au retour. Nous discutons sur un banc à l’extérieur du terminal
sur Staten Island. Vue sur d’énormes cargos en face de nous ; à notre gauche, un stade éclairé par des groupes électrogènes. 19h30. Nous nous postons
à l’avant du ferry cette fois-ci pour voir la ville s’illuminer dans la nuit.
Le feu brûle dans la main droite de la statue. Les buildings éraflent la brume
de leurs têtes. Le voici donc ce Nouveau Monde. Il fait peur. Il est
magnétique. AGV et moi conquises par le spectacle du Lower Manhattan écrasé par
un brouillard Londonien. Pas de pluie. Juste le brouillard. Arrivée, je lui
propose un autre point de vue, celui de South Sea Port, à quelques rues d’ici. Mon
second endroit préféré. Pont de Brooklyn désormais illuminé lui aussi. Séance
photo. Puis petit massage de 3 minutes à un dollar dans un des fauteuils noirs
mécaniques situés dans la galerie marchande. Certains magasins sont encore ouverts. J’achète un
drapeau, mon drapeau US à $45. AGV prend un T-Shirt. Puis nous décidons de
rentrer en longeant Broadway. Arrivée à la 8e rue, je suis trop
affamée et épuisée pour continuer. Nous prenons le métro 6, direct jusqu’à la
maison. Repas du soir : riz.
Mercredi 22 avril
Pancakes et thé (earl grey) le matin à l’angle de Madison
et de la 97e vers 10h30. Puis promenade dans Central Park : le
long du réservoir en direction du sud. Arrêt devant la sculpture d’Alice au
Pays des Merveilles. Toujours des mômes dessus. On doit faire avec pour la
photo souvenir. Des nounous afro-américaines ou hispaniques promènent les
chiens de riches, les gosses de riches et les vieux de riches en fauteuil
roulant. Les desperates housewives font leur jogging, elles sont en général minces,
fitty, toutes blondes avec des cheveux lissés, parfois bronzées, toujours en
tenues de sport avec des baskets de runneuses. De temps à autre avec leurs
landaus, en groupe de 4-5, faisant des étirements et autres élongations de
muscles avec leur coach mâle, un bébé dans les bras. Arrêt au zoo pour entendre
sonner l’horloge par les petits singes. Midi ! Spectacle de marionnettes.
Les enfants sont captivés. Les personnages sont ceux de Madagascar le film. Quelques photos encore. Rentrées dans le Donald
Trump Building. Ce dont je me souvenais lors de mon séjour éclair en 1999 est
en réparation : la fontaine de marbre rose. A la sortie, il commence à
pleuvoir.
Pris le métro N pour Coney Island. Un des passagers nous avertit de
ranger nos appareils photos. « You gotta be careful ». « Ok,
thanks ». Petit flip à l’idée de ce que l’on va trouver là bas. Beaucoup
d’asiatiques montent dans ce métro très long. Nous sortons au dernier arrêt. Déprime
visuelle. Il pleut de plus en plus fort. 1 parapluie pour deux. Plein de
travaux partout. Des rues vastes et désertes. Bien évidemment, pas un chat sur
la plage. Quelques clodos. 2-3 touristes faisant la photo. Pas le courage de faire une promenade sur le ponton. Nous
rentrons dans un magasin de T-Shirts pour échapper momentanément à la pluie
puis cherchons un lieu où manger avec des toilettes. Seule solution : McDo.
Nous prenons le menu Angus. Menu se dit ‘meal’. Hamburger un peu dégeu avec oignon
violet qui arrache la gueule. Coca XL. Les jeunes se donnent tous rdv au McDo.
La mode vestimentaire : Sweat-Shirt gris qui descend jusque sous les
fesses, calbut ostentatoire, pantalon avec ceinture qui commence sous les castagnettes
et bien évidemment la casquette NYC. Démarche de pingouin assurée. Nous
reprenons le N avec une sensation de manque visuel et les pieds quelque peu
mouillés. Descendu à Canal Street où se trouve la limite de Chinatown et Little
Italy. Il a cessé de pleuvoir. Je rentre dans une boutique de souvenirs tenue
par des indiens. J’achète 3 t-shirts pour $26 : un pour V., un pour S. et
un pour moi. Puis la boutique d’à côté, tenue par des chinois cette fois. Je
négocie un sweat-shirt pour $20. J’avais repéré les mêmes à South Sea Port à
$30. Ici, c’est China Town et India Town réunies ! On achète des cartes
postales sur Fulton Street dans un autre magasin tenu par un chinois. Je fais
tomber une statue de la liberté souvenir en regardant des chapeaux. Elle est
décapitée sur le coup. Je la redispose à sa place comme si de rien était. AGV
me glisse que le type m’a vu et que je ferai mieux de filer. J’exécute. Retour
à South Sea Port. AGV veut trouver un T-Shirt particulier pour un ami de son
Richard. On épuise quelques boutiques. Pas trouvé. On se pose à une table au
dernier étage. Je prends un smoothie banane-fraise délicieux à $5 et on écrit
nos cartes postales. AGV en fait 4 d’un coup, moi une seule. Je visite les
toilettes de SSP. Gratuits, propres et spacieuces. Si seulement ma collocation
pouvait être comme cela ! Puis direction l’Empire State, en espérant que
la vue ne sera pas trop moche à cause du temps. Pas de queue. $18. Vue
imprenable sur Manhattan, Lower and Upper. Captivées. On enchaîne les photos. On coucherait bien dans ce phare urbain. Tout est si impressionnant de si haut. Concentration de français au sommet.
Groupes scolaires avec 3 mots de vocabulaires. « On a branché Kevin avec
une américaine, en plus c’est une blonde ». « Franchement, c’est trop
nul la vue ». Avec AGV, on rit jaune. On se moque : « Retourne
dans ta téci admirer ton pit’ ». Nous observons le coucher de soleil sur
les buildings. Le temps se dégage. Il commence à faire froid. Queue pour
reprendre l’ascenseur. File orientée vers la boutique souvenir. Toujours les
mêmes merdes. AGV et moi n’avons plus d’argent pour le dîner. Elle retire de l'argent sur Park Ave, au niveau de
la 33e, où se trouve l’arrêt de métro pour rentrer à l’appart.
Quelques dollars dans mon portefeuille et nous descendons prendre un sandwich
au Subway au coin de Madison Ave et de la 97e. Il est 23h et je
travaille quelques images pour les envoyer à Laetitia Talbot sur 2 CDs
différents en vue d’une sélection potentielle par l’équipe Hébel-RIP. Je finis
vers 1h45. AGV dort déjà à mes côtés.
16 avril 2009
New York, The City (4)
Jeudi 16 avril
Lu Handke au réveil. Se prélasser en regardant par la
fenêtre comme un chat. Tournicoter dans le lit. Dire : je ne fais rien. Je
suis à New York et je ne fais rien. Attendre. Laisser le fil de ses pensées se
dérouler comme une pelote de laine. Aller sur internet lorsque Noah prend sa
douche, c’est à dire la seule fois où il quitte son ordinateur pour me le
concéder. Se sentir dépendante mais pas trop car quitter l’ordi au bout de 5 minutes. Écrire ses journées en différé à côté d’une tasse de thé.
Repas du midi, qui change du sandwich : des pâtes.
Je sors pour rendre visite à la galerie Marian Goodman où
se trouve une exposition d’œuvres photographiques et filmiques de Tacita Dean.
Tacita, dont j’avais déjà noté le travail à
Puis direction ICP pour donner une carte de métro à Noah qu’il avait
oublié le matin sur la table de la cuisine. Par fainéantise et alors que
j’avais l’idée de visiter Brooklyn, sur les conseils d’Elise, je traverse la
rue pour découvrir le musée d’ICP dédié à la photographie. Exposition sur le thème
de la mode avec des Steichen qui dégorgent au sous sol (plus je connais ses
photos, plus je le trouve chiant. Grande admiratrice de ses photos
pictorialistes il y a 4 ans. Le monde contemporain ne semble s’attacher qu’à
ses photos de mode des années 20. Je note le portrait épure de Leslie Howard et
bien sûr celui de Greta Garbo et de Gloria Swanson, celui avec le voile hyper
connue dont il reste plusieurs versions mais je préfère d’autres portraits qui
me rappelle sa prestation dans Sunset
Boulevard de Billy Wilder) et des reproductions au niveau principal de
photographes de magazines de mode. Nul. Une arrière salle pourtant présente les
trésors d’une partie de la collection du musée. Des petites raretés telles que
2 tirages de Francesca Woodman et un d’Andrea Modica, à côté de figures plus anciennes et classiques de la photographie noir et
blanc : Diane Arbus, Frank, Friedlander et bien d’autres. Je passe un certain temps dans la librairie à feuilleter
les bouquins. Tiens, Deep South de Sally Mann. Un bon point. Pas d’Emett
Gowin. Des Modica que je n’aime pas ; des livres de commande sans doute.
Preuve du passage, beaucoup de livres ont leurs couvertures abîmées. Je note
pour plus tard, quand je serai riche, Eleanor de Callahan et le dernier
d’Eggleston que je trouve très juste au niveau de l’editing.
« Editing », ça y est je suis américaine. Ce n’est pas compliqué.
Toutes les librairies (bookshops) photo sont désormais envahies des produits
lomo. Hoga, Lomo, faux Brownies font partie des produits dérivés. Point
positif : le revival argentique. Il y a même des boucles d’oreille en forme d'appareils photo.
Je choisis le livre de Philip Gefter, Photography After Frank,
chroniqueur pour le NYTimes. $32 avec les taxes. Puis je rentre tranquillement
à la maison. Petit arrêt au Gourmet Garage pour quelques courses à $31,45.
Le soir je regarde la tv. Les colocs ne la regardent pas à cause des
publicités. Cela n’empèche qu’ils me vannent sur le fait que je zappe pendant
les pubs. Souvent ils reprennent mes dires pour les tourner en dérision. Par
exemple, sur le fait qu’à l’ENSP on passe beaucoup de temps à choisir le format
des images et à accrocher. Eux, ne comprennent pas. « Si tu veux on a des
posters à accrocher dans le couloir ». Ce qu’ils recherchent c’est la
photo vendeuse, la photo qui fonctionne, comme disait aussi Olivier Roller. Cette
soirée, alors que je regardai House,
j’ai zappé pendant la publicité (c'est-à-dire, toutes les 10 min) et Noah a
remarqué que passait South Park sur la chaîne Comedy Central, il m’a donc tanné
pour que je mette South Park alors
que je disais non car tous 2 bidouillaient sur leurs ordinateurs. Il a
tellement insisté que j’ai fini par jeter la télécommande sur le lit et lui ai
dit de regarder son South Park. Ils
se sont exclamés en cœur : « pas content ». J’ai eu une envie
irrépressible de claquer les petits morveux mais je suis allée dans ma chambre.
J’ai eu l’impression d’avoir 15 ans et cela m’a profondément énervée. Du mal à
trouver le sommeil.
Vendredi 17 avril
Réveil avec la découverte en cherchant mes sachets de thé d’une blatte
dans le placard. Instantané : sursaut et mimique de dégoût sur mon visage.
Douche, maquillage et repas à l’appart. Direction Brooklyn pour voir autre
choses que des buildings. Je descends à Prospect Avenue et longe un cimetière.
Quelques photos mais pas de portraits bien que des gamins jouent dans les rues.
Je passe devant un worker black habillé en jaune portant un drapeau rouge dans
chaque main (équivalent : mec de la DDE).
Samedi 18 avril
Mal dormi. Réveillée vers 8h30 pour aller assister au workshop de Robert
Blake à 10h. Fatiguée mais arrivée en avance à ICP. Passée devant la boutique
Starbucks. Aperçois le visage de Robert qui a l’air aussi réveillé que moi.
Descends à ICP (l’école se trouve au sous-sol d’un immeuble sans étages) répondre à quelques mails. Heure du cours. Je remonte chercher un
capuccino au Starbucks. Robert commence son cours en disant qu’il va faire un
cours et qu’ici on est là pour apprendre des choses. Si l’on considère ne rien
apprendre, on peut partir. Un grand verre de café à sa droite. Fait l’appel
puis début du cours. Les Françaises montreront leurs photos demain car elles
ont oublié leurs portfolios. Robert possède une intelligence lumineuse qui
éclaire le travail des étudiants grâce à la mise en corrélation des réponses
que fait l’étudiant à ses questions et d'exemples de la vie quotidienne ou de
la photographie ou d’une culture générale poussée. Certain art de la pédagogie.
Personnage mystérieux et clairvoyant. Dead pan humour. 12h15, Amélie et moi faisons la pause
casse-croûte-clopes avec Robert. Reprise du cours à 13h. Coup de barre vers
13h15 malgré le café. Le cours doit durer jusqu’à 17h mais je dois partir à
15h30 car je dois rejoindre Elise à Brooklyn. Je prends le métro à Herald
Square. Arrivée 15h58 à Bedford Avenue. Perfect timing. Il fait chaud. J’enlève
mon manteau. Elise arrive. Nous trouvons le parc où elle veut poser. Il s’agit
du parc devant lequel habite Amélie. On discute beaucoup sur le chemin.
Williamsburg est bourré de jeunes branchés. Je prends une glace au chocolat
dégueulasse à $2 au camion Mr Softee, garé le long du parc. L’espace vert est
bondé de monde, allongé ou assis sur la pelouse. On s’installe sur un morceau
de bois, au pied de l’eau. On discute puis je prends quelques photos d’elle
avec Manhattan en fond. J’ai l’impression de faire de la mode. Cela m’agace
mais bon. Elle sort son holga. Elle ne photographie qu’au holga. Et on commence
à prendre ensemble les gens autour de nous, ceux qui viennent jeter des
cailloux, les enfants comme les adultes. On ne demande rien, on prend des
photos. En restant dans un périmètre de 2 mètres carré à peine, je fais 2
pellicules 36 poses. Le soleil est radieux. Les gens sont heureux. Ceci dure
jusqu’à 19h. Elise me raccompagne à l’arrêt du métro et nous nous promettons de nous revoir pour faire d'autres photos ensemble car travailler à deux tout en discutant était une expérience très motivante et très euphorisante. Dans le métro, 3 blacks plantureuses se font
reluquer par les voyageurs. Une en particulier porte une robe ras les fesses et
ne cesse de la rabaisser à chaque arrêt. Je m’amuse à regarder les guindés
semblant outré d’un tel scandale; les mecs par contre font semblant de ne pas
la scruter du regard mais je vois bien leur regard en coin, magnétisé par ses
cuisses. Elle sort au même arrêt que moi. Ses jambes sont toutes fines et ses
cuisses chubbie. Elle porte des talons hauts. Un samedi soir. Je fais les
courses pour $18,93 et rentre me cuisiner un bon plat.
Dimanche 19 avril
Ai du mal à me lever pour le workshop de Robert Blake qui doit durer
jusqu’à 17h. Heure du début du cours : 10h. J’arrive à 10h25. Anaïs montre
son travail sur sa grand-mère. Tirages aux couleurs passées. Nostalgie sous
jacente. Paysages abstraits. Something between Loss and Lost pour moi. A midi,
je mange seule. Je prends un sandwich au Subway
de la 43e. Un truc immense pour $5,50. J’achète des enveloppes à Duane Reade sur Times Square, qui se
situe à deux pas de l’école, dans l’idée d’envoyer des Cds pour l’expo des Rencontres et aussi des chewing-gums à
la cannelle aux copains. Achète des chips Lays goût BBQ. Trop grasses et
vraiment pas terrible comparées aux chips British, Walker. Retour en cours.
J’épingle une dizaine de photos. Marcus montre un travail sur un gang du Bronx,
très intense. Profusion d’images en noir et blanc qui ferait de bonnes
couvertures pour leur musique. Aucune tonalité critique. De la belle image bien
léchée de gangsta in Bronx Paradise. Arrive mon passage. Les étudiants notent
une tonalité ‘peaceful’ à mon travail. Raphael y trouve une vertu psychologique
dans la photo de V. avec le Ginco éclairant sa tête. Il y voit ses pensées. Je
pense : "Bingo !" C’est exactement ce que je recherchais à faire. La
photo de Laura évoque une lumière surprenante ; celle de Sabine, un
paysage Japonais. Ce qui avait été évoqué par Marie-José Mondzain à l’ENSP
avant de partir. « Shifting focus is liquid » says Blake.
L’expression des modèles est neutre, ce qui crée une similarité et une symétrie
dans mes portraits. Une autre fille, dont j’ai oublié le nom, ne voit pas des
personnes mais seulement la nature. Remarque très intéressante. Tons
orange-rouge. Blake fait enlever 2 images du lot (Marie, en rouge, flottant
sous l’arbre ainsi que ma grand-mère sur son tabouret invisible) et justifie
tout à coup une cohérence. Se pose alors la question du format, de la quantité,
de la communauté de gens photographié. Où se trouve le mystère ? Blake
aimerait en savoir plus et me demande pour la fois prochaine, à savoir le 2 mai,
de sélectionner 4 images et de raconter pour chacune d’elle une histoire secrète
sur la personne, réelle ou fictive. Il veut pousser/révéler quelque chose, qui
selon lui déterminera probablement pas forcément ce travail mais un prochain. Impossible
de trouver un titre encore pour moi. Attends une révélation, un tilt dans mon
cerveau : le titre qui éclairera le tout et sera implacable. « The picture is producing the people, they perform their own
pictureness », dit-il. Comment aller au delà de ce 'statement' ? Il semble que mes images soient trop construites, visuelles et graphiques, ce qui empêche de voir la spécificité de chaque personne. Piège mental. Ai l’impression bizarre
que mes portraits sont une projection mentale. De quoi ? Durant le cours je note cette anecdote de Blake: "When Diane Arbus had a camera in her hand, she was invicible." Sans appareil photo, elle était timide et effacée mais un appareil autour
de son cou et elle traquait les gens dans Central Park jusqu’à obtention de l’image. La photographie, ce pouvoir
incroyable. Amélie montre son travail conceptuel. Certains de ses projets sont très drôles. Le cours
dure jusqu’à 17h30. A la sortie du cours, je regarde mes mails. Blake
m’intercepte et me propose un verre mais je dois partir pour rencontrer Ariane
et Alain Kirili, contacts donné par MO. Echange de numéros. Nous remettons le
verre à plus tard. Fixé rdv avec Ariane Lopez-Huici (photographe) par email au
préalable. Ils organisent un concert dans leur loft à Tribeca, 17 White Street.
Arrivée à 18h30, arrêt Canal Street. Le concert de free jazz débute lorsque
j’arrive. Je fais semblant de m’intéresser à la musique
Dans quoi me suis-je embarquée en voulant bien faire ?
On verra demain.
13 avril 2009
New York, The City (3)
Lundi 13 avril
Levée à 8h40 alors que je pensais avoir mis mon réveil à
7h30. Ok, j’avais oublié de cliquer sur A.M. en programmant la sonnerie du téléphone
portable Nokia 2610. Je me douche, m’habille et me maquille au pas de course.
Mon sèche cheveux est en sous régime ici. Fréquence électrique n’est pas la
même. Ici il fait « ZZzzzzz » alors qu’en France, il fait
« VRRRRRrrrrrrr ». Premier cours à 10h à ICP. Intitulé :
"Performance For The Camera". Métro Ligne 6 puis 7. Pile poil à l’heure en
partant à 9h30 de chez moi, alors que je pensais être en retard. En descendant
les escaliers, Amélie portant un haut motif marin, façon Jean-Paul Gauthier,
debout devant un ordinateur. Salutations. Pas trop réveillée comme moi. On
trouve la salle, on se pose. On parle français. Une étudiante nous adresse la
parole en français aussi, Anna. D’origine Italienne mais a vécu en France
pendant 2 ans. Présentation avec les premiers étudiants arrivés. Fryd (prononcé
Früd), blonde peroxydée en rose bonbon, pull noir troué au coude, lunettes
rondes de grand-mère ; Flemming, hipster kid avec moustache façon 70’s pantalon
moule burnes, chemise épaisse quadrillée et casquette noire bombée ;
Raoul, Mexicain je crois, a l’air d’être endormi, simplement défoncé, ou
peut-être simplet ; Laura, visage souffrant, à l’accent hispanique
américain et des yeux exorbités ; Alexander, mélange indescriptible entre
Le cours commence avec les présentations et si
l’on réalise, en tant qu’étudiant, des "Performance For The Camera". Mon tour, je
ne sais pas quoi dire. Non, euh oui peut-être avec mes polaroids mais pas
vraiment. Complication, je bégaie. Puis elle enchaîne des artistes, des images
et des interprétations rétrogrades féministes de l’histoire de l’art et de la
photographie. Je bouillonne lors du passage de Pollock dont elle semble ne pas
aimer le travail à cause de son geste phallique. Arrivée à Yves Klein et,
désormais, la chosification de la femme qu’il peint en bleu, je lève le doigt
et lui demande pourquoi cette interprétation. Et pourquoi le geste
« phallique » ? You don’t like dripping art? J’argumente en
disant qu’elle aurait pu prendre Lee Krasner comme exemple au lieu de Pollock
si elle ne voulait pas montrer l’évidence masculine de l’Histoire de l’Art. Elle dit, “Tell me one famous
painter who was a woman before the 1950’s?” Et bien, ma déesse, la
portraitiste de court, certes, mais non moins famous, Elisabeth Vigée-Lebrun.
Entêtée sur le sexisme de l’Histoire de l’Art et de ses résumés dans les livres
(je pense intérieurement qu’elle n’a pas tout à fait tort mais sa vision
monochromatique me gène), elle dit « Think about it ». Je dis
« I do ». Je reviens sur Yves Klein en disant qu’il y a plus que cela
qu’un artiste sexiste. Amélie vient en renfort en parlant de ses vidéos où
justement il se jouait de cette attitude avec légèreté. Incompréhension.
Consensus avec les autres élèves, nous ne sommes pas assez 'open minded' pour
comprendre le point de vue de la prof. Laura tente de nous l’expliquer. Elle
veut nous réveiller en nous titillant. OUhouh, les années 70 sont
passées ! Ce n’est pas 'open minded' que de ne pas accepter notre point de
vue. Non je ne citerai pas les artistes femelles des années 20. Amélie et moi
nous nous sentons obligées de défendre le frenchy Yves Klein plutôt qu’une
performatrice qui fait dérouler un texte de son vagin en réaction au sexisme
des artistes phares. Au fond, je trouve de la beauté à l’œuvre d’Yves Klein
plus que dans celle de Carolee Schneeman car lui n’a pas eu besoin de faire des
références ou d’exister au travers de l’œuvre de quelqu’un d’autre. Elle cite
Shigeko Kubota et le « Fluxus Vagina Painting » vers 1965. Je sourie
tout à coup : Image mentale de Julianne Moore dans The Big Lebowsky suspendue par 2 filins tenus par deux hommes et
survolant sa toile en susurrant « ahahahahah » dans la pénombre de
son atelier. Le Dude se versant un Russe Blanc. Je me sens inculte mais je dois
avouer que ce genre de mouvement plane au dessus de mon intérêt. Premier cours
et je pense, le rire jaune, que l’on s’est fait un tas d’amis en tant que
Françaises rétrogrades. Laura toujours à la charge veut que l’on discute après
le cours mais nous tentons d’esquiver sa façon persistance de nous faire
rentrer dans le droit chemin en allant à l’Education Office demander des
papiers. Flemming nous demande où nous logeons et dit qu’il va organiser une
fête. Nous sortons d’ICP bien remontées.
Direction Sunshine, le labo de développement à $5 la
pelloche au lieu de $7 si tu charmes le vendeur. Amélie dépose une pellicule.
Nous discutons féminisme sur le chemin. Puis petit tour à la library Strand. Je
juge les libraries à leur contenu. Pas un livre de Sally Mann ni d’Emmet Gowin.
Enfin, Gowin c’est dur à trouver. Library packed with people. Je heurte chaque
client avec mon sac à dos. Je feuillette mais ne trouve rien de vraiment
nouveau de ce que je feuilletais en France. Amélie pense y retourner ce soir
pour voir une conférence de Jeff Koons. Cela ne m’intéresse pas. On se quitte
et je retourne à ICP voir mes emails et prolonger les objectifs empruntés pour
l’appareil photo.
Je rentre à la maison.
Mardi 14 avril
Matinée : Dormi, glandé, rendormi. Insatisfaite de
mon incapacité à ne pas avoir fait des portraits jusqu’à présent. Je rumine un
peu. Puis je prends le coup de sang vers la douche. Arrivée à Bryant Park vers 13h15, je me pose sur un
siège et observe la population qui défile sous mes yeux. Je charge mon appareil
en pensant que cette pellicule KODAK 160 PORTRA ne contiendra que des portraits
ou rien ! My Kingdom for a Horse ! Je repère un black américain
marginal qui se parle à lui-même. Il n’a pas le rythme de marche aussi poussé
que les autres. Il fume un petit cigare et porte une casquette bombée noire avec
oreillettes en sky. Vais-je pouvoir le prendre en photo ? Il passe devant
moi, je fais semblant de ne pas le regarder en m’attardant sur l’autre scène du
parc, le policeman discutant avec l’agent d’entretien, tous les 2 noirs
américains regardant, quant à eux, les jardiniers, amas de costumes rouges
vifs, balayant les feuilles et branches dans un coin du parc à ma droite. Je
regarde à nouveau le marginal, sans doute homeless, et il continue son chemin,
parfois il s’arrête et se retourne vers les jardiniers.
13h30. Impossible de faire le moindre mouvement. Je répète dans ma tête un petit speech d’approche. Le homeless s’éloigne. Je me crois prête, je vais y aller mais lorsque je regarde à nouveau dans sa direction, il a disparu. Bêtasse procrastineuse que je suis. Je repère alors un yuppie roux comme la lumière du soleil arlésien annonçant le mistral du lendemain. Il mange seul attablé à une petite table ronde. Je me lève de ma chaise et m’avance vers lui. Un « Hi » timide et un sourire « I’m a photo student, may I take your portrait ». Il répond « Sorry, What ? » Je répète, pensant que je parle vraiment mal la langue : « May I take your portrait ? » « I’m sorry but no ». « Okay, goodbye ». Premier refus. Fallait bien ça, je l’ai dérangé dans sa mastication. Je repère un peu plus loin un gros barbu homeless avec un énorme sac de marin en toile beige-crade, aussi gros que lui. Il me fait penser à Vitalis dans Rémi sans Famille. Orphelin de nation. Marcheur qui n’a pas besoin d’ombre. Je lui demande. Lui, il me comprend tout de suite, mais répond par un geste significatif de la main gauche, frottant son pouce et son index en guise d’échange. « Sorry no, bye ». « Have a nice day doll », il dit alors que je m’éloigne. Plus humain que le yuppie rouquin au moins. Je n’avais jamais envisagé de payer mes modèles jusqu’à présent. Je comprends, c’est un homeless, il a besoin de thunes. Je traverse la rue, prends un cappuccino au Starbucks ($3,47) où je me fais draguée par Andrew et un Indien. « Where do you come from ? ». « France », juste de le prononcer avec le « an », c’est sexy. « Ah yeah, Freinse right ? ». « Yes, France ». « You are French ? ». « Yeeeesss », celui qui veut dire ‘vas-y, t’es relou, dégage de mon champ de vision’. Je rentre à ICP pour mon cours de 14h avec Pradeep Dalal. Amélie est dans le séminaire de Marina Berio. Séminaire critique jusqu’à 18h. Je participe beaucoup. Je pose des questions aux étudiants. Je dis ce que je pense de telle image par rapport à telle autre. Il semble qu’Arles fasse son effet (à l’étranger !) sur la pensée et parole face au monde des images. J’étais muette face aux images avant. J’étais flabergast maintenant je le suis avec des mots. J’ai confiance en moi. Mes arguments sont souvent soutenus par ceux de Flemming. Arrivée à mon tour, je parle un peu de mon travail et de la mauvaise qualité des tirages numériques que j’ai réalisés dans l’urgence avant de partir. J’explique l’harmonie que je recherche à créer entre la personne et son environnement. La recherche d’un 'mindscape' (paysage intérieur). Une étudiante, Anaïs, mi Française mi Américaine, trouve mon travail « editorial », ce que je ne comprends pas trop. Elle me l’explique alors en Français. En gros, c’est parfait pour la presse. Bizarrement, je pense à ce que m’a dit Laurent Abadjian (chef du Service Icono de Télérama) sur mon travail et je sourie à l’idée qu’ici la vision est inversée. Un autre étudiant, Diego, pense quant à lui que mes portraits ne sont pas assez personnels. Suis-je toujours confiante ? Déstabilisée dans l’instant. Je trouve cela étrange comme intervention, car après 2 ans d’investissement et maintenant, quelque part une forme de rejet de ma part sur l’état de fait d’une réalisation ‘artistique’, je les trouve miens ces portraits et en même temps, j’ai besoin de les voir grandir « on their own ». Like a child. Lorsque le cours se termine, la pluie est là. Imperturbable. Nous partons boire un verre avec Amélie à Madison Square. 1 bière chacune. Je prends une assiette de frites à côté. A dish aside. Je pose la question des compulsory tips à la serveuse. $3,79, l’assiette. J’étale mes piécettes sur la table, elle pioche dedans. J’ai la flemme de la monnaie en cette soirée pluvieuse. On parle de nos états d’âmes du moment, du pays, de la photo. Je réfléchis sur ma nouvelle forme de prise de vue. Comment trouver le moyen de faire des portraits, pas comme avant. Change is difficult mais je suis ici pour cela. Ketchup Heinz dans une bottle comme chez mes parents quand j’étais petite. Il faut taper le cul de la bouteille pour faire sortir la mixture. Elle pense que j’ai l’air d’aller mieux. Elle doit avoir raison. Je rentre en prenant la ligne 6 à Madison Avenue. A la sortie de la bouche du métro, arrêt 96th Street, j’achète un paquet de Marlboro, $10. Le luxe aujourd’hui c’est de fumer. J’ai besoin de cigarettes pour écrire. Ecrire est un luxe de toute façon.
Mercredi 15 avril
Lu Handke avant de me lever.
J’aime écouter le son de la ville en m’endormant : on entend les
klaxons, les sirènes de police et d’ambulances toute la nuit. « All night
long ! All night » comme chantait l’autre. Et dire que sa fille a
fait la Simple Life.
Rdv à 19h30 avec Elise dans l’East Village. Elise Toïdé est
Française. Elle est la sœur de Raphaël, que je ne connais pas. J’ai eu son mail
par l’intermédiaire de Pauline, 1ere année à l’ENSP. Elise, petite brunette au sourire
enthousiaste, portée par une extrême gentillesse et simplicité. Nous faisons
connaissance autour d’un verre. Elle, une Heineken ; moi, un coca. Nous
discutons photographie, école, travail, rencontres, photographes, lectures etc.
Les aiguilles tournent sans que l’on s’en rende compte. Je la quitte vers
21h45. Il fait déjà nuit. On se promet de se revoir pour son vernissage photo
dans Brooklyn le vendredi entre 19h et 21h. Je me sens revigorée. Les personnes
magiques sont revigorantes. Une sensation de plénitude, de légèreté et
d’infinies possibilités m’habite lors du trajet du retour en métro.
Enfin, je
suis à New York.
09 avril 2009
New York, The City (2)
Jeudi 9 avril
Réveillée à 10h avec la flemme. Temps radieux. Peut-être
15°C. Ahmed m’a demandé de rester jusqu’à 14H pour que je récupère un colis
Fedex en son nom. Je suis restée devant la tv jusqu’à 15h15. Pas de colis. Ai
regardé un film par intermittence : un film avec Meryl Streep qui est la
psy de Uma Thurman et qui découvre qu’elle sort avec son fils de 23 ans, alors
que Uma en a 37 et sort d’un divorce. Ai abandonné le film avec Meryl Streep car
toutes les 10 min, les programmes sont interrompus par des pubs (sans
annonces). Ma/mes dents de sagesse réessaient de sortir et j’ai un peu mal dans
toute la mâchoire. Je saigne systématiquement que je me brosse les dents et je
sens celle d’en haut à droite forcer pour prendre sa place. Une partie a émergé
de ma gencive tout au fond de ma bouche. C’est assez désagréable.
Sortie découvrir le parc. Le 'réservoir' est un vaste lac
entouré de barrières où beaucoup de joggers se donnent rdv. Énormément de monde
assis dans l’herbe, jouant ou joggant. Gens de tous types : étrangers,
posh people, jeunes se languissant au soleil, gamins guidant des voiliers sur
des minis lacs. Me suis dit que les photos que je ferais n’allaient être que
touristiques et cela m’a pas mal déprimé. Ai vu 2 photographes avec un
réflecteur prenant des portraits et faisant signer un 'model release'. Ai encore
plus déprimé. Je croyais compter sur la géographie pour perdre quelques sentiments parasites. Ai-je
assez de cailloux blanc pour retrouver mon chemin ? Ou, autre possibilité,
le projet imposé et violent d’avancer pour en construire un. Pas d’énergie pour
demander aux New Yorkers de poser devant mon appareil de rechange, légèrement
pourri : un vieux Nikon F3 avec un objectif un peu trop sensible à mon
goût. Passée de nouveau devant
Vendredi 10 avril
8h entendu le réveil. 9h entendu le téléphone de la collocation, pris un petit dèj conséquent. Direction ICP pour changer légèrement
de matos et disposer d’un locker (casier à
Oublié
mon câble pour transférer les photos de mon petit Pentax numérique. Décidé de
poser ma première pelloche au laboratoire Sunshine, sur la 31e,
conseillé par Marina Berio. Prix: $10 avec tirages ou planche contact. Refusé et
n’ai pris que le développement à $5, ce qui bien sûr ne fait jamais vraiment la
somme dite puisque les taxes se rajoutent. Puis remonter vers Broadway pour
prendre un métro (ligne R) jusqu’à Brooklyn Bridge. Temps maussade. Pris un
sundae chocolat dégueulasse pour $5. Sur le pont, beaucoup de touristes et de
cyclistes criards qui n’apprécient pas que les piétons empiètent sur leur piste
cyclable. Quelques photos puis il s’est mis à pleuvoir. Rentrée jusqu’à ICP.
Rdv à 17h45 avec Ahmed pour lui filer du matos, emprunté en mon nom, afin qu’il puisse shooter une soirée
d’anniversaire à $200. Présenté Diego. Ai dit que j’étais dans la section
General Studies (c'est-à-dire la section Art, s’opposant à PJ, Photo Journalism
Studies, la section documentaire, pour ceux qui veulent finir au New York Times).
A 18h avait lieu l’ouverture de la nouvelle expo à ICP, Bard MFA trucmuche. Regardé
chaque travail attentivement. Un m’a beaucoup plu, celui de Theresa
Edmonds : travail sur elle et sa famille. Bu une bière d’ouvrier,
Heineken, mangé des bretzels en apéritif (comment l’autre c** a pu s’étouffer
avec un truc pareil ?), envoyé de nouveaux mails puis repartie en
direction de la maison (ligne 7 puis 6). Sensation bizarre de devoir être
heureuse mais de ne pas l’être.
Samedi 11 avril
10h30 réveillée avec la pluie. Pris mon p’tit déjeuner,
une douche, maquillée et emprunté l’ordi d’Ahmed vers 12h30, qui dormait
encore, pour envoyer quelques mails. Amélie m’envoie un mail pour que l’on
boive un verre ensemble le soir. Vers 14h, décidé d’aller voir Brooklyn Bridge
du côté de South See Port. Ai retiré sur le chemin la somme de $400 dans un ATM
pour payer le loyer de mes colocataires. A South See Port, il y a d’énormes
voiliers et un ensemble de boutiques souvenirs dans le port. Ai fait mon chemin
de ronde avec l’objectif puis lèche vitrine en vue de futurs souvenirs :
mugs, porte-clefs et T-Shirt « I love New York » pour les copains et
moi. Big drapeau Américain en nylon $15, T-Shirt : $12, Sweat-shirt :
$25, mug : $7, porte-clefs : j’ai oublié. Ai filmé en plan fixe
(rarement mon cas jusqu’avant mon arrivée ici) les scènes du port. Il s’est
arrêté de pleuvoir vers 16h. Dirigée vers l’ex World Trade Center, dit Ground
Zero. Vue bouchée par les travaux et la pub des travaux (1, 2, 3, 4 World Trade
Center ?). Enorme trou au sein du quartier financier. Puis remontée vers
le Nord de la ville, quartier sympa. Appel d’Amélie fixant notre rdv à Bedford
Avenue dans Brooklyn à 19h, ligne L. Petit arrêt au Starbucks pour un chocolat
chaud et un rainbow cookie (un peu sec). Se diriger vers le City Hall pour
reprendre le Métro, ligne R, puis changement à Union Square, ligne L vers
Brooklyn.
Arrivée en avance, marché le long d'une rue à la recherche d'une image. Fait une. Retournée à la bouche de métro, observé les gens en attendant Amélie. Brooklyn fourmille de jeunes très tendances qui baladent leurs chiens très tendances en habit très tendances, les chiens comme les maîtres. Amélie a une vue imprenable sur Manhattan; elle peut voir les buildings s'enflammer le soir et paraît-il que les levers de soleil sont aussi beaux. Elle garde le chien de Marcela, Lala. Vieux chien chihuahua super moche et qui a la tremblote en permanence. Puisqu'elle grogne lorsqu'elle lui met sa laisse, A. a décidé de la lui laissé autour du cou. Chien pisse et crotte dans la maison. La promener ne sert qu'à l'empêcher de déprimer. Sommes allées dîner dans un resto-bar au coin de la rue. A. n'a bu qu'une bière, j'ai pris une salade du Tennesee avec un coca. Coût $12 avec les pourboires (tips). Puis repartie direction l'Apt 30, 64E 97th Street. Ahmed s'était levé à 16h et bidouillait sur son ordi. Doit rendre une présentation de ses recherches (imageries médicales du coeur) pour une conférence à Hawaï. Il part vendredi prochain.
Télé ne marchait pas. Ai filé au lit.
Dimanche 12 avril
9h30 réveillée avec le soleil et un petit vent frais.
Branches de l’arbre s’agitent légèrement dans le vent.
Ecrit jusqu’à midi. Fait quelques courses pour $17 :
pâtes, lait, parmesan, 1 pot de confiture St Dalfour et 1 bouteille de coca.
Puis Starbucks pour prendre un cappuccino ($3,47) à emporter. Cuisiner un bon
déjeuner. Recommencer à écrire. 5e page. Solitude extrême.
Intégration, zéro. Tristesse latente. Décide d’aller prendre l’air en longeant
Central parc via la 5e Avenue. Énorme tristesse qui me prend à la
gorge. Tente de refouler les larmes que je sens monter. Les gens semblent
heureux, il fait très beau. Les riches de l’Upper East Side sont bien habillés.
Je marche et je marche en direction d’ICP. Ne me rappelle plus si j’ai
photographié, en tout cas pas de portraits (ma grande frustration et fouet
psychologique), je n’y arrive pas. Non, je n’arrive pas à me sentir bien pour
demander aux gens.
Longue marche. Arrivée à ICP, quelques mails puis le
gardien me dit que l’école ferme à 18h, 6 p.m.. Je ramasse mes cliques, pointe
mon départ avec ma student card magnétique et pars. Je prends des photos avec
mon numérique. Des skyscrapers. Point de vue de la fourmi. Comprends subitement
le côté apocalyptique des films américains et surtout ceux sur l’anéantissement
des buildings, Independence Day, Deep Impact, Le Jour d’Après, ou même la fictionnalisation de l’anéantissement
du WTC en sept. 2001. Voir le monde s’effondrer devant soi. Voir les yuppies en
cravate sauter et s’écraser en un bruit sourd de carcasse sur le sol froid de
New York. Sensation que Manhattan est un piège et que le ciel est toujours
bouché. Toutefois, reprendre confiance en soi lorsque, absorbée par la vision
du gigantisme, le regard chutant vers l’horizon hospitalier, un jeune homme
barbu avec une écharpe jaune vif me glisse un sourire au croisement de nos
marches respectives. Quelques instants après, je me retourne pour le voir continuer sa marche. Closer échoué. Mais réconfort. « And so it is, just like you
said it would be ». Damien Rice in my mind. Je rêvasse. Retour vers
Times Square, non exploré à ce jour. Fourmillement électrique et populaire.
Masse de gens qui se croisent et se heurtent autour des innombrables écrans
publicitaires. Prends des photos. M’arrête, reprends, piétine, joue avec
l’appareil et ses possibilités de captation. M’amuse à me dire que je regarde
un écran (appareil numérique) prenant des écrans (Times Square) en photos.
Touristes mitraillent. Il y en a même un qui se la pète : il court, me
dépasse et subitement s’accroupit pour prendre des photos d’écran. Je le
dépasse puis répétition de la scène. On dirait qu’il chasse. Il doit aimer se
sentir en danger, il se tient entre le trottoir et la route, inondée de taxis
jaunes. Les écrans risquent sans doute de disparaître si on ne les immortalise
pas dans l’excitation. Je fais une vue en surplomb de ma basket rose sur la
grille du métro. Je trouve l’idée enfantine, facile, déjà surfaite, me
rappelant mes premières photos à l’université sauf que c’était des Doc
Marteens. Je renouvelle l’opération le long du parc. Je rentre à la maison zu
fuss. Portraits zero mais de belles images touristiques que je retravaille avec
Photoshop sur le lit. Je vis sur le lit avec toutes mes affaires : ordi,
agenda, carnet de note, livres, prospectus, maps, polaroids, stylos. J’écoute
de la musique avec mon casque. Je chante les paroles. Non, je les crie. C’est
mieux. J’évacue. Je suis soulagée. Noah rentrera demain du Vermont. Ahmed est
parti se prendre un sandwich au Subway du coin. Le mec du câble passera mardi
voir pourquoi nous n’avons plus d’images sur






















































