teatiny

is in transit...

23 avril 2009

New York, The City (6)

Manhattan


Jeudi 23 avril

Levée à 6h30 pour raccompagner AGV à la gare Penn Station. Son train est à 8h20. On arrive vers 7h30 à la gare. Je regarde les journaux. AGV se prend un chocolat chaud. La couverture d’Esquire magazine est un plan frontal du visage de George Clooney. Éclairage pub. Les mugs I LOVE NEW YORK sont moins chers ici qu’ailleurs, j’en prends un à $4. On patiente dans la salle d’attente. Puis AGV s’enregistre à la douane Canadienne avant de partir. Remerciements et salutations. New York – Montréal : 10h de train. J’admire sa détermination. Sa profonde affection. Immuable notre amitié depuis la 6e. Je vais à la Post Office qui se trouve à côté, j’achète des timbres et j’envoie les CDs confectionnés la veille. Puis je me dirige vers Times Square où je rentre dans un Duane Reade pour y acheter des enveloppes, des chewing-gums à la cannelle et du produit vaisselle car les colocs n’en ont plus depuis 2 jours. Il est 9h quand je rentre à ICP récupérer les polaroids que m’a envoyés V., à la rescousse. Je croise Coco, toujours aussi ‘loud’ mais gentille. Elle me donne le paquet. Je me sens fatiguée, je décide de rentrer me recoucher. Je me fais des pâtes en arrivant à l’appart et me couche. Vers 15h, je me réveille, fais une petite lessive maison, nettoie le siège des toilettes de la SdB – trop c’est trop ! – et allume la télé. J’ai enfin trouvé mon émission américaine favorite la plus pourrie. Elle s’appelle « The Millionnaire Matchmaker ». C’est un show qui raconte les péripéties d’une brune à franges, Patti, dont le job est de se faire rencontrer un millionnaire et une fille choisie par ses soins. On assiste au casting des filles puis aux rendez-vous. Le ou les types doit choisir une fille parmi une dizaine d’autres et l’emmener dans un rdv galant. Puis Patti appelle les ‘daters’ séparément pour savoir comment s’est passé leur rdv. Les millionnaires ont souvent des looks affreux auxquels elle doit remédier et les nanas choisis sont elles aussi transformées en bombasses brunes ou blondes aux cheveux lissés. C'est une sorte de Super Nanny pour couple plein de frics en détresse.


Vendredi 24 avril

Restée à l’appart toute la matinée pour écrire.
Dent de sagesse officiellement sortie. Pas d’espace dans ma bouche. Beau temps.

Appel de Robert Blake vers 14h pour me proposer un verre chez lui sur sa terrasse. Je fixe notre rdv à 16h. Je sors à la 33e, passe par B&H et le rejoins au 18e étage d’un immeuble. PHB : Pent House Apt B. Il est au téléphone. Je fais le tour de la terrasse, vue imprenable sur New York, l’Hudson River, l’Empire State ainsi que le bord Ouest de Manhattan. De sa terrasse, on distingue plusieurs niveaux de routes qui s’entrecroisent, comme si la ville avait tissé un réseau routier surréaliste. Discussions autour d’un grog maison. A la tombée de la nuit, nous partons manger dans un ‘dinner’ à quelques mètres de chez lui. Le repas est conséquent : ribbs de porc with apples and onions, mashed potatoes and corn. Nous n’arrivons pas à finir alors nous prenons un doggy bag. Arrêt à l’
épicerie du coin pour prendre une glace au chocolat Ben & Jerry’s et une banane. Chocolat simple. Pas trouvé de ‘Chocolate Fudge Brownie’, ma préférée. Discussions et prise de vues de la ville illuminée à l’aide d’un de ses trépieds. Blake a des milliards d’histoires à raconter. Je quitte son appart à 1h10 du mat.


Samedi 25 avril

Rdv à 10h chez les Kirili. Arrivée à 10h10. Ariane, chemise vert d’eau et rouge à lèvres orangé me propose un café puis Alain Kirili débarque dans la pièce, chemise rouge et veston en cuir. Le loft est tellement rangé qu’il semble vide. Lors de notre échange qui ressemble plus à un interrogatoire qu’à une conversation, je leur transmets les salutations de Patrick Talbot. Kirili dit qu’Ariane va donner une conférence à l’école tout en se servant un café, Talbot lui a dit cela entre deux portes, avise-t-il. Je sais que cela est faux puisqu’avant de partir Talbot m’avait dit qu’il avait essayé de placer sa femme comme conférencière lors d’un vernissage parisien où ils s’étaient rencontrés et il m’avait prévenu qu’ils me demanderaient quelque chose en échange. Je trouve cela gonflé mais je ne pipe mot. Ils me font passer un casting. Comment connais-je MO ? Comment est l’école ? Les professeurs ? Qu’est ce que je veux faire après l’école ? Qui ai-je photographié ? « J’ai vu votre site. C’est très bien mais vous ne photographiez pas de gens connus ? » « Non mais un peu quand même. J’ai pris en photo des photographes mais si MO ne figure pas sur le site c’est parce que la photographie ne collait pas dans cette série. » « Ummmm… Les gens connus, c’est pas pareil. », Kirili me répond. Ariane quitte momentanément la pièce. Kirili me parle de l’attractivité New Yorkaise, plus stimulante que Paris. « J’aime déjeuner chez mes amis Maliens dans Harlem. » Il me parle de l’énergie que les Américains ont face au travail. « Ils ont une mentalité de pionniers, vous savez. » Je l’écoute raconter sa vision de New York. J’acquiesce de temps en temps, esquisse un « oui, tout à fait », un « vraiment ? » ou un « en effet ». Des banalités. La conversation n'est pas naturelle mais nous faisons tous deux semblant qu'elle en donne l'illusion et qu'elle assoit une apparente décontraction. La session photo commence. J’aurai aimé faire de l’extérieur mais ils veulent être pris dans l’atelier, c'est-à-dire le salon. Je suis en 160 iso, trop juste. Ariane me dispose une lampe pour faire un éclairage d’appoint. Elle veut poser devant ses images, enlève ses lunettes et prend une pose assurée et dominatrice. Je ne dis rien. Je prends une dizaine de photos et j’ai l’impression de gaspiller de la pellicule. Elle veut regarder les photos que j’ai prise, elle s’approche de mon appareil, croyant que c’est du numérique. Je suis sauvée par l’argentique. Elle me dit en rigolant : « Vous ferez attention aux rides. » Puis c’est le tour d’Alain, il s’assoit sur une chaise avec une de ses sculptures dans les mains - un bronze ébène qui a la forme d’un manche à balai torsadé - et commence à la fixer d’un air interrogateur : c’est sa pose à lui. C’est absolument ridicule et fat. Je n’ose pas lui dire de virer sa sculpture. Je prends les photos. A un moment, il me demande de passer sous lui pour avoir des vues en contre-plongée. Désir de puissance ? J'exécute bêtement, pensant combien le résultat sera médiocre. Je me maudis de rester si sage. Que signifient ces poses ? Sont-ils tous les 2 complexés à ce point ? L’une par la vieillesse et lui par le pouvoir ou le manque de puissance/reconnaissance ? Je comprends la difficulté du travail d’Olivier Roller. Je n’avais jusqu’à présent jamais pensé la photographie comme une contrainte. La liberté s’était soudain muée en piège économique, non au sens monétaire mais au sens d’échange obligé. Fin de la première partie, je range la matériel et fait une escapade aux toilettes. Puis, je propose une escapade dehors pour des photos en extérieur. Suis-je maso ? Il fait chaud. Il me propose un endroit à l’ombre, je dis non car le cadre n’est pas assez intéressant. Nous allons au coin de la rue et je les fais asseoir sur la terrasse d’un restaurant. Je fais 3 vues peut-être. Ariane interrompt la séance, la terrasse lui brûle les fesses. Elle décide d’aller acheter du vin blanc. Puis, nous regagnons le loft. Je prends mes affaires, les remercie pour leur accueil et temps consacré et les quitte. Il est midi et il fait déjà très chaud. Je déguste mon œuf dur et les sandwiches que j’avais préparé avant de partir au pied de leur immeuble, à l’ombre. Je ne connais pas le quartier de Tribeca et de Greenwich. Occasion de se promener et de découvrir. Balade donc sous un soleil de 27°C dans le West puis East Village. Croisé une homeless/bum black au regard perdu et malade. Ai vu filé la photo en un instant mais suis revenue sur mes pas pour en faire une autre, différente de celle escomptée. Il ne faut jamais laisser filer le moment. Le temps photographique est si fuyant et liquide. Ai cherché l’arc de Washington, plan de la série Friends. Ai trouvé le parc en question, bondé de jeunes avec des bassets en laisse. Toute une partie du parc était interdit au public pour cause de travaux mais il était agréable d’être au milieu du monde. Parc ombragé, rafraîchissant. Petit concert improvisé par un groupe de jazz, gens allongé sur l’herbe, assis sur les bancs, rêveurs. Robes colorées. Tongues. Beaucoup d’étudiants. Repartie après quelques photos. Pris le métro à Astor Place pour rentrer faire une sieste. Réveillée vers 17h30 pour retourner à Staten Island. Le ferry de Staten Island est l’un de mes endroits préférés. Il offre un point de vue absolument superbe sur la ville. Quelque soit le temps, je trouve la traversée vibrante. Souvent les mouettes accompagnent le bateau jusqu’au port. Le ferry passe plus ou moins loin de la statue de la liberté. Sentiment d’être un immigré découvrant le nouveau monde sans le bordel douanier. Ai pris le ferry de 19h et celui de 20h au retour. Le temps était radieux. La brise marine agréable. Laissé mes pensées flotter. Quelques photos pour figer l’éphémère de cette traversée en solitaire.

 

Dimanche 26 avril

Réveil sonné à 7h30 mais levée à 10h.
Balade le long du Parc au Nord jusqu’à l’église 2nd Canaan à Lenox Avenue sur la 110e Street. Rentrée dans l’église. La messe avait lieu à l’étage. Je fus placée par une des enfants de cœur. Beauté de la peau noire sous l’habit blanc. On lisait un passage de la bible. Je n’étais pas la seule touriste mais sans doute la seule avec l’appareil photo autour du cou. On acclame dieu et certaines personnes du public, essentiellement des mamies noires américaines, très apprêtées, se lèvent et frappent dans leur main au son du chant du chœur, composé d’adolescents. Je fais 3 photos mais au moment de l’accueil de son prochain, je me fais repérer par une mamie qui me dit que je n’ai pas le droit de photographier. Regard fusillant. De trop dans la communauté et à l’approche des simagrées religieuses, je décide de partir reprendre ma balade. Casque sur les oreilles. Chaleur étouffante. 32°C. Je croise une bande de jeunes : « Miss, hello ! You’re gorgeous Miss. » Je remercie et je continue. « Do you have a boyfriend ? ». Ah oui, c’est vrai, aujourd’hui la chaleur et la féminité m’avaient fait choisir jupe-collant, bottes noires et chemisier blanc. Des gens bronzent allongés sur une serviette de bain. Photo. Joueurs de baseball répartis sur plusieurs terrains : casquette et maillot numéroté, couleur au choix, équipes mixtes. Photo. Attente derrière le grillage de protection. Peut-être une bonne photo.

Repris le métro à la 86e, sortie à l’arrêt suivant

Acheté glace, œufs et morceaux de melon. Pancakes et pris un coca au Subway.

Fait des pâtes et regarder la tv.

Sieste puis sortie pour aller à Brooklyn voir Elise.

30 min du retard car je m’étais trompée de plateforme.

Arrivée à 17h30, discutée jusqu’à 20h30 puis repartie chacune de notre côté.
A la maison, Noah avait ramené une fille. Bourré.


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20 avril 2009

New York, The City (5)

Week 3

MetroLigne7 NYPDBlue


Lundi 20 avril

Séché le cours de Jesal Kapadia avec délectation.
Lu Gefter au lit. Très belle chronique sur le travail d’Henry Wessel dont je connaissais les paysages urbains en noir et blanc mais ne connaissais pas la philosophie de travail, proche de la poésie de William Carlos Williams. A creuser à la bibliothèque de l’ENSP. Potentiel père/pair photographique.
Sortie ma caméra, filmé des vues de ma fenêtre.
Envoyé un mail à Ariane. Réponse d’Alain et d’Ariane distinctes voulant tous 2 voir mon travail. Je sens l’étape du casting débuter. Etape 1 : recommandation. Etape 2 : savoir faire. J’envoie mon site web. Épreuve réussie. Mail de félicitations avec un « Amicalement, Alain ». Encore des gens qui ont perdu le sens des mots. Rdv pour les portraits fixé à samedi, 10h.

Pluie commencée à 13h. Somnolé. Mangé. Écouté le temps qui passe. Re-somnolé jusqu’à 18h puis partie pour récupérer AGV à la Penn Station.
Train en provenance de Montréal prévu à 20h35. Ai arpenté la gare en long, en large et en travers sans la voir. Appelé Noah en urgence pour lui demander de décrocher le téléphone si AGV appelait. Envoyé 2 textos sur son cellphone canadien. Sans réponses. 22h, je prends un Big Mac au McDo de la gare, $7,25. Mon premier Big Mac Américain. La gare grouille de gens perdus, homelesses avec des démarches dignes de The Ministry of Silly Walks. Je crois l’apercevoir descendant un escalator, je me rapproche mais je heurte une bande de Rangers bruyants, tous habillés d’un haut de survêt bleu. Perdu ma cible du regard. Un match peut-être quelque part. Le coca normal de chez Mc Do est un coca XL ici. Je sirote en attendant de voir arriver AGV. Sans succès. Je reçois deux appels de Mark Jones. Je refuse le 1er
,décroche au 2nd, 1h après. Je joue les stressée qui doivent raccrocher en expliquant la situation car j’en ai un peu rien à battre qu’il ait mis ses sneakers au lave linge et qu’il ait répété dans la journée. J’entends une sonnerie lors de notre conversation, peut-être est-ce AGV qui m’appelle. J’abrège la conversation: « I’ll call you back, byebye ». Mon répondeur ne marche pas. Pas d’appel. Je poirote plus de 2h. Je donne le reste de ma portion de frites à un homeless qui cherchait des restes dans une poubelle. Il est grand et maigre. Lorsqu’il s’approche de la poubelle, son pantalon tombe, ce qui fait sourire 2 policiers. A 23h je décide de rentrer. Dans le métro, mon portable ne capte pas et cela m’angoisse, à l’idée qu’elle pourrait appeler au moment même où cela ne capte pas. Arrivée devant la porte d’entrée de l’appart, le téléphone sonne. C’est AGV, elle est toujours à la gare. On ne s’est pas croisé. Elle est arrivée à 20h45 et on ne s'est pas croisé. Je lui indique l’adresse. Elle va prendre un taxi, c’est plus simple. Il est environ minuit quand le taxi la dépose au coin de la rue. Soulagée.

Mardi 21 avril
Réveillée plus tard que prévu avec AGV. Pris petit déjeuner, discuté puis sommes parties avec l’idée d’une journée bien remplie en tête. Nous sommes sorties à Times Square. Masse d’écrans à la sortie du métro. Effet bœuf. Comme dit AGV, « A côté Montparnasse, c’est de la nioniotte », enfin je crois qu’elle a dit un truc comme ça. Puis nous avons marché en direction de B&H pour acheter des pelloches. Après lui avoir montré le spectaculaire, je voulais lui montrer le Jewish store par excellence. AGV pense aux sketches d’Eli et Dieudonné de la bonne époque, « Alors Cohen, t’as mis les boules et les guirlandes aujourd’hui ? ». "LOL".

Je commande 5 Kodak Portra 400VC et 3 Portra 160VC. Le vendeur, Pinny, me pose plein de questions et rempli son ordi-minitel : adresse, téléphone, email. La gestapo juive :). Coût : $47,71. Je paierai en cash à un autre comptoir. "Next". Je retrouve le même caissier que la première fois que je suis venue au B&H au niveau du paiement. Il a la peau toute sèche et des pellicules plein les cheveux et la barbe. Puis je récupère mes pellicules au comptoir des Pick Up. On parle photographie et on en vient au côté peu sexy de la barbe et des papillotes. Dommage parfois. Un peu affamées, nous nous dirigeons vers Madison Square où nous faisons la queue pour manger un Shack Burger avec des French Fries. Nous devons attendre, une manette à la main, que notre déjeuner soit prêt. Lorsqu’il est prêt, la manette vibre et clignote rouge. Pris une photo du repas. Délicieux. 16h environ. Puis pris le métro 6 pour aller à Brooklyn Bridge. Marché sur le Brooklyn Bridge avec d’autres touristes comme nous. Vu un mec chier à côté de la poubelle, caché par deux autres mecs. A man’s gotta do what he’s gotta do. Puis direction le WTC. Trou béant invisible à l’œil du public. Un ouvrier habillé en orange et jaune souffle dans un sifflet dès que je m’approche trop de la grille. Un prêcheur noir raconte l’histoire de l’effondrement des tours à une famille de touristes, un livret à la main. Il y a un énorme bronze en relief au pied d’un immeuble qui montre les tours en flamme. Des photos délavées de pompiers avec leurs casques significatifs sont exposées à côté de cette sculpture. Nous continuons notre déambulation du côté de l’Hudson River. Le temps est agréable mais brumeux. Les jardins hospitaliers. Je prends des photos tranquillement. Arrêt au Starbucks de Battery Park. Un cappuccino et un banana nut loaf pour moi. AGV, un chocolat. Pas très bon selon elle. Direction le Ferry de Staten Island. Nous prenons celui de 18h30. Vue imprenable sur la ville qui s’éloigne et sur la statue de la liberté. Endroit le plus beau jusqu’à présent. Nous décidons de prendre celui de 19h30 au retour. Nous discutons sur un banc à l’extérieur du terminal sur Staten Island. Vue sur d’énormes cargos en face de nous ; à notre gauche, un stade éclairé par des groupes électrogènes. 19h30. Nous nous postons à l’avant du ferry cette fois-ci pour voir la ville s’illuminer dans la nuit. Le feu brûle dans la main droite de la statue. Les buildings éraflent la brume de leurs têtes. Le voici donc ce Nouveau Monde. Il fait peur. Il est magnétique. AGV et moi conquises par le spectacle du Lower Manhattan écrasé par un brouillard Londonien. Pas de pluie. Juste le brouillard. Arrivée, je lui propose un autre point de vue, celui de South Sea Port, à quelques rues d’ici. Mon second endroit préféré. Pont de Brooklyn désormais illuminé lui aussi. Séance photo. Puis petit massage de 3 minutes à un dollar dans un des fauteuils noirs mécaniques situés dans la galerie marchande. Certains magasins sont encore ouverts. J’achète un drapeau, mon drapeau US à $45. AGV prend un T-Shirt. Puis nous décidons de rentrer en longeant Broadway. Arrivée à la 8e rue, je suis trop affamée et épuisée pour continuer. Nous prenons le métro 6, direct jusqu’à la maison. Repas du soir : riz.

Mercredi 22 avril
Pancakes et thé (earl grey) le matin à l’angle de Madison et de la 97e vers 10h30. Puis promenade dans Central Park : le long du réservoir en direction du sud. Arrêt devant la sculpture d’Alice au Pays des Merveilles. Toujours des mômes dessus. On doit faire avec pour la photo souvenir. Des nounous afro-américaines ou hispaniques promènent les chiens de riches, les gosses de riches et les vieux de riches en fauteuil roulant. Les desperates housewives font leur jogging, elles sont en général minces, fitty, toutes blondes avec des cheveux lissés, parfois bronzées, toujours en tenues de sport avec des baskets de runneuses. De temps à autre avec leurs landaus, en groupe de 4-5, faisant des étirements et autres élongations de muscles avec leur coach mâle, un bébé dans les bras. Arrêt au zoo pour entendre sonner l’horloge par les petits sing
es. Midi ! Spectacle de marionnettes. Les enfants sont captivés. Les personnages sont ceux de Madagascar le film. Quelques photos encore. Rentrées dans le Donald Trump Building. Ce dont je me souvenais lors de mon séjour éclair en 1999 est en réparation : la fontaine de marbre rose. A la sortie, il commence à pleuvoir.
Pris le métro N pour Coney Island. Un des passagers nous avertit de ranger nos appareils photos. « You gotta be careful ». « Ok, thanks ». Petit flip à l’idée de ce que l’on va trouver là bas. Beaucoup d’asiatiques montent dans ce métro très long. Nous sortons au dernier arrêt. Déprime visuelle. Il pleut de plus en plus fort. 1 parapluie pour deux. Plein de travaux partout. Des rues vastes et désertes. Bien évidemment, pas un chat sur la plage. Quelques clodos. 2-3 touristes faisant la photo. Pas le courage de faire une promenade sur le ponton. Nous rentrons dans un magasin d
e T-Shirts pour échapper momentanément à la pluie puis cherchons un lieu où manger avec des toilettes. Seule solution : McDo. Nous prenons le menu Angus. Menu se dit ‘meal’. Hamburger un peu dégeu avec oignon violet qui arrache la gueule. Coca XL. Les jeunes se donnent tous rdv au McDo. La mode vestimentaire : Sweat-Shirt gris qui descend jusque sous les fesses, calbut ostentatoire, pantalon avec ceinture qui commence sous les castagnettes et bien évidemment la casquette NYC. Démarche de pingouin assurée. Nous reprenons le N avec une sensation de manque visuel et les pieds quelque peu mouillés. Descendu à Canal Street où se trouve la limite de Chinatown et Little Italy. Il a cessé de pleuvoir. Je rentre dans une boutique de souvenirs tenue par des indiens. J’achète 3 t-shirts pour $26 : un pour V., un pour S. et un pour moi. Puis la boutique d’à côté, tenue par des chinois cette fois. Je négocie un sweat-shirt pour $20. J’avais repéré les mêmes à South Sea Port à $30. Ici, c’est China Town et India Town réunies ! On achète des cartes postales sur Fulton Street dans un autre magasin tenu par un chinois. Je fais tomber une statue de la liberté souvenir en regardant des chapeaux. Elle est décapitée sur le coup. Je la redispose à sa place comme si de rien était. AGV me glisse que le type m’a vu et que je ferai mieux de filer. J’exécute. Retour à South Sea Port. AGV veut trouver un T-Shirt particulier pour un ami de son Richard. On épuise quelques boutiques. Pas trouvé. On se pose à une table au dernier étage. Je prends un smoothie banane-fraise délicieux à $5 et on écrit nos cartes postales. AGV en fait 4 d’un coup, moi une seule. Je visite les toilettes de SSP. Gratuits, propres et spacieuces. Si seulement ma collocation pouvait être comme cela ! Puis direction l’Empire State, en espérant que la vue ne sera pas trop moche à cause du temps. Pas de queue. $18. Vue imprenable sur Manhattan, Lower and Upper. Captivées. On enchaîne les photos. On coucherait bien dans ce phare urbain. Tout est si impressionnant de si haut. Concentration de français au sommet. Groupes scolaires avec 3 mots de vocabulaires. « On a branché Kevin avec une américaine, en plus c’est une blonde ». « Franchement, c’est trop nul la vue ». Avec AGV, on rit jaune. On se moque : « Retourne dans ta téci admirer ton pit’ ». Nous observons le coucher de soleil sur les buildings. Le temps se dégage. Il commence à faire froid. Queue pour reprendre l’ascenseur. File orientée vers la boutique souvenir. Toujours les mêmes merdes. AGV et moi n’avons plus d’argent pour le dîner.
Elle retire de l'argent sur Park Ave, au niveau de la 33e, où se trouve l’arrêt de métro pour rentrer à l’appart. Quelques dollars dans mon portefeuille et nous descendons prendre un sandwich au Subway au coin de Madison Ave et de la 97e. Il est 23h et je travaille quelques images pour les envoyer à Laetitia Talbot sur 2 CDs différents en vue d’une sélection potentielle par l’équipe Hébel-RIP. Je finis vers 1h45. AGV dort déjà à mes côtés.


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16 avril 2009

New York, The City (4)

feux ParkAvenue


Jeudi 16 avril

Lu Handke au réveil. Se prélasser en regardant par la fenêtre comme un chat. Tournicoter dans le lit. Dire : je ne fais rien. Je suis à New York et je ne fais rien. Attendre. Laisser le fil de ses pensées se dérouler comme une pelote de laine. Aller sur internet lorsque Noah prend sa douche, c’est à dire la seule fois où il quitte son ordinateur pour me le concéder. Se sentir dépendante mais pas trop car quitter l’ordi au bout de 5 minutes. Écrire ses journées en différé à côté d’une tasse de thé.
Repas du midi, qui change du sandwich : des pâtes.
Je sors pour rendre visite à la galerie Marian Goodman où se trouve une exposition d’œuvres photographiques et filmiques de Tacita Dean. Tacita, dont j’avais déjà noté le travail à la Tate Britain
de Londres est quelqu’un dont je me sens particulièrement proche. Chaque rencontre avec son travail est un immense plaisir pour moi. Travail contemplatif, surtout dans les vidéos. 3 exposées dans la galerie dont une particulièrement frappante, Michael Hamburger (2007). Vieil Anglais incollable sur les pommes (déroutant et amusant), vivant en reclus avec sa femme quelque part dans le Suffolk. Michael a la voix grésillante de la vieillesse et cultive aussi la poésie. Il y aussi la vidéo de la poire prisonnière, Prisoner Pair (2008) : gros plans d’une poire dans une bouteille ; jeux de lumières incroyables. Ressemble à ces prises de vues dans les fonds marins inaccessibles aux plongeurs où la vie aquatique a trouvé son chemin dans la pénombre la plus extrême. Énormes tirages de menhirs type Stone Age sur fond noir, peint à la main, pour se faire détacher les pierres de leur élément extérieur. Rebord des tirages courbés et assemblés en succession de 3 pour donner l’idée de l’agencement des blocs et de leur qualité sculpturale. Plus, ensemble rectangulaire de 6 ou 8 cadres (j’ai oublié) montrant un paysage imaginaire en noir et blanc, très pictorialiste mais annoté façon Dean comme dans the Roaring … (encore oublié la fin du nom) ou le travail de l’expérience maritime dessiné à la craie sur d’immenses blackboards (tableaux noirs type école). Suis restée scotchée dans la galerie quasi déserte pendant plus d’une heure.
Puis direction ICP pour donner une carte de métro à Noah qu’il avait oublié le matin sur la table de la cuisine. Par fainéantise et alors que j’avais l’idée de visiter Brooklyn, sur les conseils d’Elise, je traverse la rue pour découvrir le musée d’ICP dédié à la photographie. Exposition sur le thème de la mode avec des Steichen qui dégorgent au sous sol (plus je connais ses photos, plus je le trouve chiant. Grande admiratrice de ses photos pictorialistes il y a 4 ans. Le monde contemporain ne semble s’attacher qu’à ses photos de mode des années 20. Je note le portrait épure de Leslie Howard et bien sûr celui de Greta Garbo et de Gloria Swanson, celui avec le voile hyper connue dont il reste plusieurs versions mais je préfère d’autres portraits qui me rappelle sa prestation dans Sunset Boulevard de Billy Wilder) et des reproductions au niveau principal de photographes de magazines de mode. Nul. Une arrière salle pourtant présente les trésors d’une partie de la collection du musée. Des petites raretés telles que 2 tirages de Francesca Woodman et un d’Andrea Modica, à côté de figures plus
anciennes et classiques de la photographie noir et blanc : Diane Arbus, Frank, Friedlander et bien d’autres. Je passe un certain temps dans la librairie à feuilleter les bouquins. Tiens, Deep South de Sally Mann. Un bon point. Pas d’Emett Gowin. Des Modica que je n’aime pas ; des livres de commande sans doute. Preuve du passage, beaucoup de livres ont leurs couvertures abîmées. Je note pour plus tard, quand je serai riche, Eleanor de Callahan et le dernier d’Eggleston que je trouve très juste au niveau de l’editing. « Editing », ça y est je suis américaine. Ce n’est pas compliqué. Toutes les librairies (bookshops) photo sont désormais envahies des produits lomo. Hoga, Lomo, faux Brownies font partie des produits dérivés. Point positif : le revival argentique. Il y a même des boucles d’oreille en forme d'appareils photo. Je choisis le livre de Philip Gefter, Photography After Frank, chroniqueur pour le NYTimes. $32 avec les taxes. Puis je rentre tranquillement à la maison. Petit arrêt au Gourmet Garage pour quelques courses à $31,45. Le soir je regarde la tv. Les colocs ne la regardent pas à cause des publicités. Cela n’empèche qu’ils me vannent sur le fait que je zappe pendant les pubs. Souvent ils reprennent mes dires pour les tourner en dérision. Par exemple, sur le fait qu’à l’ENSP on passe beaucoup de temps à choisir le format des images et à accrocher. Eux, ne comprennent pas. « Si tu veux on a des posters à accrocher dans le couloir ». Ce qu’ils recherchent c’est la photo vendeuse, la photo qui fonctionne, comme disait aussi Olivier Roller. Cette soirée, alors que je regardai House, j’ai zappé pendant la publicité (c'est-à-dire, toutes les 10 min) et Noah a remarqué que passait South Park sur la chaîne Comedy Central, il m’a donc tanné pour que je mette South Park alors que je disais non car tous 2 bidouillaient sur leurs ordinateurs. Il a tellement insisté que j’ai fini par jeter la télécommande sur le lit et lui ai dit de regarder son South Park. Ils se sont exclamés en cœur : « pas content ». J’ai eu une envie irrépressible de claquer les petits morveux mais je suis allée dans ma chambre. J’ai eu l’impression d’avoir 15 ans et cela m’a profondément énervée. Du mal à trouver le sommeil.


Vendredi 17 avril

Réveil avec la découverte en cherchant mes sachets de thé d’une blatte dans le placard. Instantané : sursaut et mimique de dégoût sur mon visage. Douche, maquillage et repas à l’appart. Direction Brooklyn pour voir autre choses que des buildings. Je descends à Prospect Avenue et longe un cimetière. Quelques photos mais pas de portraits bien que des gamins jouent dans les rues. Je passe devant un worker black habillé en jaune portant un drapeau rouge dans chaque main (équivalent : mec de la DDE). Il me salue et me demande si je peux le prendre en photo. Pas de problèmes. Je fais la photo. Je me perds gentiment le long d’une highway aux abords de l’East River, attirée par tel ou tel élément. Je reprends le métro là où je l’avais quitté. Dans le métro, un jeune blanc habillé en rappeur : casquette, lunette de soleil, chaîne autour du cou, bagouses me fait des signes. Je fais semblant de l’ignorer. Il insiste alors je le regarde. Il me fait signe de le prendre en photo, je m’approche de lui, on se serre la main et je prends son portrait. Il me demande d’en faire plusieurs. J’exécute. Il demande si je connais le rappeur Jay-Z. J’acquiesce. Il dit « moi, c’est pareil mais avec un ‘R’. "Je suis Ray-Z". Le petit jeune qui se la pète rappeur est décidément un comique hors pair. "You gotta keep those pictures coz they're gonna be huge someday". Ok. Il me demande où j'habite. Je lui réponds: "France".  Lui, il habite à Staten Island. Il me fait de la pub pour son myspace puis s’en va. Décidément, c’est un signe. Je vais à Brooklyn et les portraits s’enchaînent. Bon, ce ne sont pas des portraits comme je voudrais qu’ils soient. Mister Ray-Z sera sans doute jaunasse et flou mais je joue le jeu du happy gift que me donnent les New Yorkers. Je descends pour aller au MoMA car j’ai repéré dans mon guide que le vendredi entre 16h et 20h le musée est gratos. Je fais la queue pour déposer mon sac à dos à la checkroom et c’est parti. Paul Graham, A Shimmer of Possibilities, ouais pas mieux qu’aux Filles du Calvaire à Paris. Une rétrospective sur le paysage américain. Pas spécialement bien accrochée mais des tirages que je ne connaissais pas. Rencontre physique avec des Joel Sternfeld, pas trop grand et superbes. De même pour les Stephen Shore. Des Frank, toujours des Frank. Des Dorothea Lange aussi. Je pense : « Depardon, salle copieur ». Puis en route pour de la peinture. Beaucoup de peintures. Les gens se prennent en photo devant les peintures. Un Rauschenberg sous vitre que je trouve vraiment très magnétique – sensation de pesanteur et de légèreté à la fois - et la salle des Mondrian où je ressens subitement son rapport à la musique au travers de ses toiles. 19h30, petit tour par la library vite fait puis je récupère mon sac à dos. Etonnamment, les personnes devant moi étaient les mêmes que lorsque j’ai déposé mes affaires. Je m’en suis rendue compte aux chaussures de la fille, un couple de japonais. Le monde est très petit au MoMa. Je fais un tour rapide dans un autre bookshop du musée puis sors définitivement. Dehors, des rangées de jeunes américains en sweat-shirt, bruyants. Je sors mon pola pour capter la lumière de la tombée du jour dans la rue. Je trouve un coin pour prendre un sandwich à emporter puis direction Prospect Avenue à Brooklyn – metro N - afin d’aller voir l’exposition d’Elise. A l’inverse du R, le Metro N passe sur le pont de Manhattan Bridge : vue imprenable sur la ville de nuit. Arrivée vers 20h30. Un petit tour dans la salle d’expo puis Elise me présente son mari Yen et ses amis, Verena et Michael, avec lesquels je passe une bonne partie de la soirée à discuter des choses touristiques. Michael vit à New York depuis 13 ans et est assez désillusionné sur la ville. Tout y est cher et surfait pour lui. Verena tente d’opposer gentiment son opinion. D’ailleurs, on nous demande de rentrer à l’intérieur de la galerie pour ne pas inciter les gens à boire. Notre bouteille de bière vide à la main, nous la déposons chacun par terre et continuons notre conversation. 22h, après avoir donné rdv à Elise pour une session de portraits le lendemain (arrêt Ligne L, Bedford Avenue), je rentre et sur le chemin croise une procession religieuse. Vision presque fantasmatique de gens bien habillés, portant des bougies et descendant la rue derrière un hôtel porté par 4 enfants de cœur. Je sors la caméra et filme discrètement. Métro R jusqu’à Union Square où je change pour le 6.


Samedi 18 avril

Mal dormi. Réveillée vers 8h30 pour aller assister au workshop de Robert Blake à 10h. Fatiguée mais arrivée en avan
ce à ICP. Passée devant la boutique Starbucks. Aperçois le visage de Robert qui a l’air aussi réveillé que moi. Descends à ICP (l’école se trouve au sous-sol d’un immeuble sans étages
) répondre à quelques mails. Heure du cours. Je remonte chercher un capuccino au Starbucks. Robert commence son cours en disant qu’il va faire un cours et qu’ici on est là pour apprendre des choses. Si l’on considère ne rien apprendre, on peut partir. Un grand verre de café à sa droite. Fait l’appel puis début du cours. Les Françaises montreront leurs photos demain car elles ont oublié leurs portfolios. Robert possède une intelligence lumineuse qui éclaire le travail des étudiants grâce à la mise en corrélation des réponses que fait l’étudiant à ses questions et d'exemples de la vie quotidienne ou de la photographie ou d’une culture générale poussée. Certain art de la pédagogie. Personnage mystérieux et clairvoyant. Dead pan humour. 12h15, Amélie et moi faisons la pause casse-croûte-clopes avec Robert. Reprise du cours à 13h. Coup de barre vers 13h15 malgré le café. Le cours doit durer jusqu’à 17h mais je dois partir à 15h30 car je dois rejoindre Elise à Brooklyn. Je prends le métro à Herald Square. Arrivée 15h58 à Bedford Avenue. Perfect timing. Il fait chaud. J’enlève mon manteau. Elise arrive. Nous trouvons le parc où elle veut poser. Il s’agit du parc devant lequel habite Amélie. On discute beaucoup sur le chemin. Williamsburg est bourré de jeunes branchés. Je prends une glace au chocolat dégueulasse à $2 au camion Mr Softee, garé le long du parc. L’espace vert est bondé de monde, allongé ou assis sur la pelouse. On s’installe sur un morceau de bois, au pied de l’eau. On discute puis je prends quelques photos d’elle avec Manhattan en fond. J’ai l’impression de faire de la mode. Cela m’agace mais bon. Elle sort son holga. Elle ne photographie qu’au holga. Et on commence à prendre ensemble les gens autour de nous, ceux qui viennent jeter des cailloux, les enfants comme les adultes. On ne demande rien, on prend des photos. En restant dans un périmètre de 2 mètres carré à peine, je fais 2 pellicules 36 poses. Le soleil est radieux. Les gens sont heureux. Ceci dure jusqu’à 19h. Elise me raccompagne à l’arrêt du métro et nous nous promettons de nous revoir pour faire d'autres photos ensemble car travailler à deux tout en discutant était une expérience très motivante et très euphorisante. Dans le métro, 3 blacks plantureuses se font reluquer par les voyageurs. Une en particulier porte une robe ras les fesses et ne cesse de la rabaisser à chaque arrêt. Je m’amuse à regarder les guindés semblant outré d’un tel scandale; les mecs par contre font semblant de ne pas la scruter du regard mais je vois bien leur regard en coin, magnétisé par ses cuisses. Elle sort au même arrêt que moi. Ses jambes sont toutes fines et ses cuisses chubbie. Elle porte des talons hauts. Un samedi soir. Je fais les courses pour $18,93 et rentre me cuisiner un bon plat.


Dimanche 19 avril

Ai du mal à me lever pour le workshop de Robert Blake qui doit durer jusqu’à 17h. Heure du début du cours : 10h. J’arrive à 10h25. Anaïs montre son travail sur sa grand-mère. Tirages aux couleurs passées. Nostalgie sous jacente. Paysages abstraits. Something between Loss and Lost pour moi. A midi, je mange seule. Je prends un sandwich au Subway de la 43e. Un truc immense pour $5,50. J’achète des enveloppes à Duane Reade sur Times Square, qui se situe à deux pas de l’école, dans l’idée d’envoyer des Cds pour l’expo des Rencontres et aussi des chewing-gums à la cannelle aux copains. Achète des chips Lays goût BBQ. Trop grasses et vraiment pas terrible comparées aux chips British, Walker. Retour en cours. J’épingle une dizaine de photos. Marcus montre un travail sur un gang du Bronx, très intense. Profusion d’images en noir et blanc qui ferait de bonnes couvertures pour leur musique. Aucune tonalité critique. De la belle image bien léchée de gangsta in Bronx Paradise. Arrive mon passage. Les étudiants notent une tonalité ‘peaceful’ à mon travail. Raphael y trouve une vertu psychologique dans la photo de V. avec le Ginco éclairant sa tête. Il y voit ses pensées. Je pense : "Bingo !" C’est exactement ce que je recherchais à faire. La photo de Laura évoque une lumière surprenante ; celle de Sabine, un paysage Japonais. Ce qui avait été évoqué par Marie-José Mondzain à l’ENSP avant de partir. « Shifting focus is liquid » says Blake. L’expression des modèles est neutre, ce q
ui crée une similarité et une symétrie dans mes portraits. Une autre fille, dont j’ai oublié le nom, ne voit pas des personnes mais seulement la nature. Remarque très intéressante. Tons orange-rouge. Blake fait enlever 2 images du lot (Marie, en rouge, flottant sous l’arbre ainsi que ma grand-mère sur son tabouret invisible) et justifie tout à coup une cohérence. Se pose alors la question du format, de la quantité, de la communauté de gens photographié. Où se trouve le mystère ? Blake aimerait en savoir plus et me demande pour la fois prochaine, à savoir le 2 mai, de sélectionner 4 images et de raconter pour chacune d’elle une histoire secrète sur la personne, réelle ou fictive. Il veut pousser/révéler quelque chose, qui selon lui déterminera probablement pas forcément ce travail mais un prochain. Impossible de trouver un titre encore pour moi. Attends une révélation, un tilt dans mon cerveau : le titre qui éclairera le tout et sera implacable.
« The picture is producing the people, they perform their own pictureness », dit-il. Comment aller au delà de ce 'statement' ? Il semble que mes images soient trop construites, visuelles et graphiques, ce qui empêche de voir la spécificité de chaque personne. Piège mental. Ai l’impression bizarre que mes portraits sont une projection mentale. De quoi ? Durant le cours je note cette anecdote de Blake: "When Diane Arbus had a camera in her hand, she was invicible." Sans appareil photo, elle était timide et effacée mais un appareil autour de son cou et elle traquait les gens dans Central Park jusqu’à obtention de l’image. La photographie, ce pouvoir incroyable. Amélie montre son travail conceptuel. Certains de ses projets sont très drôles. Le cours dure jusqu’à 17h30. A la sortie du cours, je regarde mes mails. Blake m’intercepte et me propose un verre mais je dois partir pour rencontrer Ariane et Alain Kirili, contacts donné par MO. Echange de numéros. Nous remettons le verre à plus tard. Fixé rdv avec Ariane Lopez-Huici (photographe) par email au préalable. Ils organisent un concert dans leur loft à Tribeca, 17 White Street. Arrivée à 18h30, arrêt Canal Street. Le concert de free jazz débute lorsque j’arrive. Je fais semblant de m’intéresser à la musique en cherchant l’hôtesse des yeux. Je me présente, je reçois un ‘hug’ américain avec un « Welcome to New York » puis j’écoute la fin du concert. Je grignote de mauvais apéritifs au fromage recomposé avec du coca light. Un mec, la quarantaine tapée m’aborde et nous discutons. Il est peintre, musicien. Il s’appelle Mark Jones. Il a des cheveux semi long et légèrement bouclés. Il me fait penser à ‘Weird Al’ dans Ghost World. Il est là pour rencontrer le percussionniste avec qui il doit faire un concert à Los Angeles en juillet prochain. Il habite à la campagne, à 1h de NYC. Nous discutons et il me demande mon numéro. Je m’en fous, je lui cède, pensant que Ariane lui avait demandé de me parler pour que je fasse son portrait. La table est vide et l’essentiel des invités partis. Ariane me présente Marilia Destot, qui me tend immédiatement sa carte de visite. Petite jeune femme au visage et habit de poupée. Elle a réalisé avec son mari, Damien, un documentaire sur les Kirili qui sera diffusé le 5 mai. Il faut que je vienne. Je ne serai pas là le 5 mai, je serai déjà partie. Je pense, « Ouf ! » Au dos de sa carte de visite, figurent son numéro New Yorkais et son numéro Parisien. Je fais une pointe d’humour en notant qu’il manque son numéro Berlinois. Elle dit qu’elle a eu une mention spéciale pour la Bourse du Talent section Paysage. Alain Kirili a un accent français à couper au couteau et parle ostensiblement pour qu’on le remarque « We spiiik frrrrench wive a frrrrench aksente, Ahahahahah ! ». Rires. 17 White Street, le bastion potentiel de l’humour ringard ou de la simple maladresse. La cérémonie des présentations est guindée. Je suis présentée comme une fille recommandée par mon professeur, M.O.. Je réalise que la carte de visite (virtuelle ou concrète) est un outil essentiel. Je donne la mienne à Marilia, par devoir American Psychosien. Etrange sensation de fausseté et d’hypocrisie planant dans l’air. Je décide de partir. Remercie l’hôtesse, petite femme maigrelette habillé de vert pour souligné ses grands yeux, et l’on décide de se recontacter pour un portrait. Regard insistant de Mark Jones. Me propose d’aller manger un truc. Refuse poliment et fuit avec la lenteur des gens respectables. Dans la rue, bouffée d’air revigorante. Je trace mon chemin loin des mondanités.
Dans quoi me suis-je embarquée en voulant bien faire ?

On verra demain.



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13 avril 2009

New York, The City (3)


Week 2

Times_Square MysteriousSkin

Lundi 13 avril

Levée à 8h40 alors que je pensais avoir mis mon réveil à 7h30. Ok, j’avais oublié de cliquer sur A.M. en programmant la sonnerie du téléphone portable Nokia 2610. Je me douche, m’habille et me maquille au pas de course. Mon sèche cheveux est en sous régime ici. Fréquence électrique n’est pas la même. Ici il fait « ZZzzzzz » alors qu’en France, il fait « VRRRRRrrrrrrr ». Premier cours à 10h à ICP. Intitulé : "Performance For The Camera". Métro Ligne 6 puis 7. Pile poil à l’heure en partant à 9h30 de chez moi, alors que je pensais être en retard. En descendant les escaliers, Amélie portant un haut motif marin, façon Jean-Paul Gauthier, debout devant un ordinateur. Salutations. Pas trop réveillée comme moi. On trouve la salle, on se pose. On parle français. Une étudiante nous adresse la parole en français aussi, Anna. D’origine Italienne mais a vécu en France pendant 2 ans. Présentation avec les premiers étudiants arrivés. Fryd (prononcé Früd), blonde peroxydée en rose bonbon, pull noir troué au coude, lunettes rondes de grand-mère ; Flemming, hipster kid avec moustache façon 70’s pantalon moule burnes, chemise épaisse quadrillée et casquette noire bombée ; Raoul, Mexicain je crois, a l’air d’être endormi, simplement défoncé, ou peut-être simplet ; Laura, visage souffrant, à l’accent hispanique américain et des yeux exorbités ; Alexander, mélange indescriptible entre la Chine, le Mexique et l’Amérique, pur New Yorkais, timide et baraque ; Christopher, maigre blondinet habillé d’un pantalon baggy. Discussion sur le retard, apparemment récurant, de la prof (« instructor », il y a marqué sur la feuille de présentation des cours), Jesal Kapadia. Elle arrive, jeune Indienne avec des lunettes intello à l’air sympathique. Ça commence à la cool. Discussion sur le retour des vacances. Puis on doit élargir le champ des tables pour créer un « womb » (utérus) ou un « wound » (blessure) afin d’instaurer une conversation entre les personnes. "Something to throw in that space". Étonnement. Incompréhension. Gimmick Américaine. Je prie pour que l’on ne bascule pas dans le Ghost World de Terry Zwigoff et la fameuse vidéo de la prof d’art plastique, « Mirror, Father, Mirror ».

Le cours commence avec les présentations et si l’on réalise, en tant qu’étudiant, des "Performance For The Camera". Mon tour, je ne sais pas quoi dire. Non, euh oui peut-être avec mes polaroids mais pas vraiment. Complication, je bégaie. Puis elle enchaîne des artistes, des images et des interprétations rétrogrades féministes de l’histoire de l’art et de la photographie. Je bouillonne lors du passage de Pollock dont elle semble ne pas aimer le travail à cause de son geste phallique. Arrivée à Yves Klein et, désormais, la chosification de la femme qu’il peint en bleu, je lève le doigt et lui demande pourquoi cette interprétation. Et pourquoi le geste « phallique » ? You don’t like dripping art? J’argumente en disant qu’elle aurait pu prendre Lee Krasner comme exemple au lieu de Pollock si elle ne voulait pas montrer l’évidence masculine de l’Histoire de l’Art. Elle dit, “Tell me one famous painter who was a woman before the 1950’s?” Et bien, ma déesse, la portraitiste de court, certes, mais non moins famous, Elisabeth Vigée-Lebrun. Entêtée sur le sexisme de l’Histoire de l’Art et de ses résumés dans les livres (je pense intérieurement qu’elle n’a pas tout à fait tort mais sa vision monochromatique me gène), elle dit « Think about it ». Je dis « I do ». Je reviens sur Yves Klein en disant qu’il y a plus que cela qu’un artiste sexiste. Amélie vient en renfort en parlant de ses vidéos où justement il se jouait de cette attitude avec légèreté. Incompréhension. Consensus avec les autres élèves, nous ne sommes pas assez 'open minded' pour comprendre le point de vue de la prof. Laura tente de nous l’expliquer. Elle veut nous réveiller en nous titillant. OUhouh, les années 70 sont passées ! Ce n’est pas 'open minded' que de ne pas accepter notre point de vue. Non je ne citerai pas les artistes femelles des années 20. Amélie et moi nous nous sentons obligées de défendre le frenchy Yves Klein plutôt qu’une performatrice qui fait dérouler un texte de son vagin en réaction au sexisme des artistes phares. Au fond, je trouve de la beauté à l’œuvre d’Yves Klein plus que dans celle de Carolee Schneeman car lui n’a pas eu besoin de faire des références ou d’exister au travers de l’œuvre de quelqu’un d’autre. Elle cite Shigeko Kubota et le « Fluxus Vagina Painting » vers 1965. Je sourie tout à coup : Image mentale de Julianne Moore dans The Big Lebowsky suspendue par 2 filins tenus par deux hommes et survolant sa toile en susurrant « ahahahahah » dans la pénombre de son atelier. Le Dude se versant un Russe Blanc. Je me sens inculte mais je dois avouer que ce genre de mouvement plane au dessus de mon intérêt. Premier cours et je pense, le rire jaune, que l’on s’est fait un tas d’amis en tant que Françaises rétrogrades. Laura toujours à la charge veut que l’on discute après le cours mais nous tentons d’esquiver sa façon persistance de nous faire rentrer dans le droit chemin en allant à l’Education Office demander des papiers. Flemming nous demande où nous logeons et dit qu’il va organiser une fête. Nous sortons d’ICP bien remontées.
Direction Sunshine, le labo de développement à $5 la pelloche au lieu de $7 si tu charmes le vendeur. Amélie dépose une pellicule. Nous discutons féminisme sur le chemin. Puis petit tour à la library Strand. Je juge les libraries à leur contenu. Pas un livre de Sally Mann ni d’Emmet Gowin. Enfin, Gowin c’est dur à trouver. Library packed with people. Je heurte chaque client avec mon sac à dos. Je feuillette mais ne trouve rien de vraiment nouveau de ce que je feuilletais en France. Amélie pense y retourner ce soir pour voir une conférence de Jeff Koons. Cela ne m’intéresse pas. On se quitte et je retourne à ICP voir mes emails et prolonger les objectifs empruntés pour l’appareil photo.
Je rentre à la maison.


Mardi 14 avril

Matinée : Dormi, glandé, rendormi. Insatisfaite de mon incapacité à ne pas avoir fait des portraits jusqu’à présent. Je rumine un peu. Puis je prends le coup de sang vers la douche. Arrivée à Bryant Park vers 13h15, je me pose sur un siège et observe la population qui défile sous mes yeux. Je charge mon appareil en pensant que cette pellicule KODAK 160 PORTRA ne contiendra que des portraits ou rien ! My Kingdom for a Horse ! Je repère un black américain marginal qui se parle à lui-même. Il n’a pas le rythme de marche aussi poussé que les autres. Il fume un petit cigare et porte une casquette bombée noire avec oreillettes en sky. Vais-je pouvoir le prendre en photo ? Il passe devant moi, je fais semblant de ne pas le regarder en m’attardant sur l’autre scène du parc, le policeman discutant avec l’agent d’entretien, tous les 2 noirs américains regardant, quant à eux, les jardiniers, amas de costumes rouges vifs, balayant les feuilles et branches dans un coin du parc à ma droite. Je regarde à nouveau le marginal, sans doute homeless, et il continue son chemin, parfois il s’arrête et se retourne vers les jardiniers.

13h30. Impossible de faire le moindre mouvement. Je répète dans ma tête un petit speech d’approche. Le homeless s’éloigne. Je me crois prête, je vais y aller mais lorsque je regarde à nouveau dans sa direction, il a disparu. Bêtasse procrastineuse que je suis. Je repère alors un yuppie roux comme la lumière du soleil arlésien annonçant le mistral du lendemain. Il mange seul attablé à une petite table ronde. Je me lève de ma chaise et m’avance vers lui. Un « Hi » timide et un sourire « I’m a photo student, may I take your portrait ». Il répond « Sorry, What ? » Je répète, pensant que je parle vraiment mal la langue : « May I take your portrait ? » « I’m sorry but no ». « Okay, goodbye ». Premier refus. Fallait bien ça, je l’ai dérangé dans sa mastication. Je repère un peu plus loin un gros barbu homeless avec un énorme sac de marin en toile beige-crade, aussi gros que lui. Il me fait penser à Vitalis dans Rémi sans Famille. Orphelin de nation. Marcheur qui n’a pas besoin d’ombre. Je lui demande. Lui, il me comprend tout de suite, mais répond par un geste significatif de la main gauche, frottant son pouce et son index en guise d’échange. « Sorry no, bye ». « Have a nice day doll », il dit alors que je m’éloigne. Plus humain que le yuppie rouquin au moins. Je n’avais jamais envisagé de payer mes modèles jusqu’à présent. Je comprends, c’est un homeless, il a besoin de thunes. Je traverse la rue, prends un cappuccino au Starbucks ($3,47) où je me fais draguée par Andrew et un Indien. « Where do you come from ? ». « France », juste de le prononcer avec le « an », c’est sexy. « Ah yeah, Freinse right ? ». « Yes, France ». « You are French ? ». « Yeeeesss », celui qui veut dire ‘vas-y, t’es relou, dégage de mon champ de vision’. Je rentre à ICP pour mon cours de 14h avec Pradeep Dalal. Amélie est dans le séminaire de Marina Berio. Séminaire critique jusqu’à 18h. Je participe beaucoup. Je pose des questions aux étudiants. Je dis ce que je pense de telle image par rapport à telle autre. Il semble qu’Arles fasse son effet (à l’étranger !) sur la pensée et parole face au monde des images. J’étais muette face aux images avant. J’étais flabergast maintenant je le suis avec des mots. J’ai confiance en moi. Mes arguments sont souvent soutenus par ceux de Flemming. Arrivée à mon tour, je parle un peu de mon travail et de la mauvaise qualité des tirages numériques que j’ai réalisés dans l’urgence avant de partir. J’explique l’harmonie que je recherche à créer entre la personne et son environnement. La recherche d’un 'mindscape' (paysage intérieur). Une étudiante, Anaïs, mi Française mi Américaine, trouve mon travail « editorial », ce que je ne comprends pas trop. Elle me l’explique alors en Français. En gros, c’est parfait pour la presse. Bizarrement, je pense à ce que m’a dit Laurent Abadjian (chef du Service Icono de Télérama) sur mon travail et je sourie à l’idée qu’ici la vision est inversée. Un autre étudiant, Diego, pense quant à lui que mes portraits ne sont pas assez personnels. Suis-je toujours confiante ? Déstabilisée dans l’instant. Je trouve cela étrange comme intervention, car après 2 ans d’investissement et maintenant, quelque part une forme de rejet de ma part sur l’état de fait d’une réalisation ‘artistique’, je les trouve miens ces portraits et en même temps, j’ai besoin de les voir grandir « on their own ». Like a child. Lorsque le cours se termine, la pluie est là. Imperturbable. Nous partons boire un verre avec Amélie à Madison Square. 1 bière chacune. Je prends une assiette de frites à côté. A dish aside. Je pose la question des compulsory tips à la serveuse. $3,79, l’assiette. J’étale mes piécettes sur la table, elle pioche dedans. J’ai la flemme de la monnaie en cette soirée pluvieuse. On parle de nos états d’âmes du moment, du pays, de la photo. Je réfléchis sur ma nouvelle forme de prise de vue. Comment trouver le moyen de faire des portraits, pas comme avant. Change is difficult mais je suis ici pour cela. Ketchup Heinz dans une bottle comme chez mes parents quand j’étais petite. Il faut taper le cul de la bouteille pour faire sortir la mixture. Elle pense que j’ai l’air d’aller mieux. Elle doit avoir raison. Je rentre en prenant la ligne 6 à Madison Avenue. A la sortie de la bouche du métro, arrêt 96th Street, j’achète un paquet de Marlboro, $10. Le luxe aujourd’hui c’est de fumer. J’ai besoin de cigarettes pour écrire. Ecrire est un luxe de toute façon.


Mercredi 15 avril
Lu Handke avant de me lever.

J’aime écouter le son de la ville en m’endormant : on entend les klaxons, les sirènes de police et d’ambulances toute la nuit. « All night long ! All night » comme chantait l’autre. Et dire que sa fille a fait la Simple Life.
L’argent peut rendre sa progéniture débilement sympathique. Hors sujet. Le bruit constant. Les sirènes sont intenses et prégnantes ici. Loud. Nous habitons près d’un hôpital, celui où Ahmed travaille à sa thèse. Une tour noire que l’on peut voir du toit. Je ne l’ai vue qu’au croisement de Madison et de la 97e rue jusqu’à présent. La ville. Le matin, je m’éveille doucement avec son refrain,  celui d’une activité permanente. Comme une machine qui ne s’éteind jamais. Je fixe les briques rouges marrons et les fenêtres d’en face. Point de vue de mon lit. Légère proximité qui me plait. Parfois, une femme nettoie les vitres, un chat pointe son nez, un oiseau à crête bleue picore un gâteau volé sur une branche de l’arbre piégé entre les 2 bâtisses. Une autre fois, une nana fait son jogging dans son appart. Je crois que c’est une femme, je ne suis pas sûre. Je ne distingue que la foulée de ses tennis colorées sur, ce que je suppose être, un tapis roulant. Cela me fascine et me déprime un peu sachant que le Central Park est à 2 minutes d’ici. Le soir, je tente de deviner ce que la « Cosby Family » regarde sur son écran géant en face de notre cuisine, à l’étage supérieur. Leur écran est à la mesure de leur appart : huge ! 2 étages au dessus encore, de ma chambre, le soir, des lumières allumées dans un appart avec 4 larges fenêtres : le plafond, une plante, 2 plantes, des étagères avec des livres ! Je suis soulagée car dans le mien d’appart, les livres sont rares. Mes colocs ont 2 livres photos : Robert Frank, Les Américains (un indispensable que je me suis promise de m’offrir le jour venu) et un de Saul Leiter, celui de l’expo chez HCB je crois mais ils gisent sur les étagères avec les calons et
les chaussettes sales, des feuilles de papier, des bouts de je ne sais quoi et des connectiques de je ne sais quels appareils électroniques. Il y a aussi des mangas. Je trouve le bordel de cette colocation plutôt triste. Je crois mon bordel Arlésien heureux mais je peux aussi me tromper sur le sort de mes affaires. Cours de "Visual Thinking for Magazines" avec Alison Morley à 14h. Alison Morley a travaillé essentiellement à L.A. et pendant 10 ans comme chef icono (photo editor) à Esquire. La cinquantaine passée, elle a de grosses lunettes rondes et des cheveux long frisés. Elle a un côté rock’n’roll star sur le retour. Quand elle parle, sa bouche se déforme avec son intonation américaine et une partie de son visage retrousse ses lèvres plus haut que l’autre, révélant une dentition tout sauf californienne. Elle parle essentiellement de son expérience de vie. Elle n’arrive pas à prononcer mon nom lorsqu’elle fait l’appel. Elle me demande si elle peut m’appeler « guill’ ». Pourquoi pas. Je m’en fous. Consciemment ou inconsciemment, elle omettra de me remettre la feuille d’assignement (d’exercice) à rendre pour la semaine suivante. Assignement : prendre 5 photos d’un verre plein sous 5 conditions différentes (avec des lumières diverses). Je n’aurais peut-être pas dû lui demander la feuille. Je m’en fous aussi de l’assignement. Elle a amené des magazines afin de les observer plus attentivement. Elle a demandé à 2 étudiants de porter les 2 gros cartons remplis de magazines jusqu’à la salle de classe. On feuillette. On discute. Elle épingle le dernier reportage du New York Times Magazine au mur pour que l’on discute dessus. 2 photographes ont signé le même reportage. Un fait la couverture et la page d’entrée de l’article. Pourquoi ? Discussion autour de l’utilisation des flashs qui donne le pouvoir à l’image et du mérite à un des 2 photographes. Plein de flashs et de Photoshop pour promouvoir la nouvelle christianité de telle communauté black américaine. A la fin de la discussion, j’interviens timidement mais assurément sur le reportage, considéré comme mal cadré et mal éclairé par le second photographe, pour distinguer ce que je trouve nécessaire mais peut-être plus d’actualité dans la presse, le point de vue. Je trouve des arguments pour montrer que l’utilisation des flashs créent une spectacularisation de l’image et donc la rapproche du champ de la publicité dans le cas du photographe considéré comme « bon » alors que mon intérêt porte sur la vision du second photographe, considéré comme « mauvais », dont le grand angle nous donne un aperçu des gestes et du lieu particulièrement glauque dans lequel cette communauté se réunit pour vivre la parole du seigneur. Ma lecture de l’image devient râpeuse. Je perçois à travers le reportage dit « mauvais » la théâtralité surfaite des fous de dieu (gens en transe, en intense prière ou acclamations, un personnage à genou le long d’un mur, un autre affalé sur le sol), chose que le photographe en question n’a peut-être pas vu, ainsi que l’extrême pauvreté de cette communauté (salle remplie de chaises, éclairé par des néons, sans aucune visibilité sur l’extérieur). Alison me pause une question : Quel signification amène pour moi l’utilisation du flash dans la « bonne » image. Je ne me démonte pas. Dans un cas, il s’agit de vendre la religiosité - et dieu sait que le symbole de la lumière est facile - dans l’autre, il éclaire les détails du misérable. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de lui formuler la fin de ma proposition. Je l’écris à l’instant. Je dois dire que malgré des débuts difficiles concernant mon intégration dans la classe, je fus très fière de mon analyse en opposant joyeusement la contradiction. Alison acquiesça à mon interprétation mais, en tant que bonne éditrice photo, nota que l’image doit faire son effet. Je notai intérieurement que les problématiques de l’image sont indissociables des problématiques de vente, et en particulier dans le monde de la presse, se cassant la gueule un peu plus chaque jour. Un photographe de presse doit prendre en compte ces 2 logiques. Il faut attirer l’œil zappeur du lecteur. Au-delà de la vision américaine, sans doute plus portée sur le commerce qu’en France, ce premier cours sur l’editing a eu le mérite d’aiguiser ma réflexion sur le monde de la presse. Je me rappelais la conversation d’Abadjian au téléphone, assis en face de moi un vendredi soir de février: « si je peux promouvoir ce mec, c’est bien, mais si je peux vendre Télérama c’est mieux » Je transforme légèrement ces dires mais je transcris précisément son raisonnement dans cette phrase. Le monde de la presse m’est-il adéquat ? Je me pose toujours la question.
Rdv à 19h30 avec Elise dans l’East Village. Elise Toïdé est Française. Elle est la sœur de Raphaël, que je ne connais pas. J’ai eu son mail par l’intermédiaire de Pauline, 1ere année à l’ENSP. Elise, petite brunette au sourire enthousiaste, portée par une extrême gentillesse et simplicité. Nous faisons connaissance autour d’un verre. Elle, une Heineken ; moi, un coca. Nous discutons photographie, école, travail, rencontres, photographes, lectures etc. Les aiguilles tournent sans que l’on s’en rende compte. Je la quitte vers 21h45. Il fait déjà nuit. On se promet de se revoir pour son vernissage photo dans Brooklyn le vendredi entre 19h et 21h. Je me sens revigorée. Les personnes magiques sont revigorantes. Une sensation de plénitude, de légèreté et d’infinies possibilités m’habite lors du trajet du retour en métro.

Enfin, je suis à New York.


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09 avril 2009

New York, The City (2)

escaliers2apt Metro


Jeudi 9 avril
Réveillée à 10h avec la flemme. Temps radieux. Peut-être 15°C. Ahmed m’a demandé de rester jusqu’à 14H pour que je récupère un colis Fedex en son nom. Je suis restée devant la tv jusqu’à 15h15. Pas de colis. Ai regardé un film par intermittence : un film avec Meryl Streep qui est la psy de Uma Thurman et qui découvre qu’elle sort avec son fils de 23 ans, alors que Uma en a 37 et sort d’un divorce. Ai abandonné le film avec Meryl Streep car toutes les 10 min, les programmes sont interrompus par des pubs (sans annonces). Ma/mes dents de sagesse réessaient de sortir et j’ai un peu mal dans toute la mâchoire. Je saigne systématiquement que je me brosse les dents et je sens celle d’en haut à droite forcer pour prendre sa place. Une partie a émergé de ma gencive tout au fond de ma bouche. C’est assez désagréable.
Sortie découvrir le parc. Le 'réservoir' est un vaste lac entouré de barrières où beaucoup de joggers se donnent rdv. Énormément de monde assis dans l’herbe, jouant ou joggant. Gens de tous types : étrangers, posh people, jeunes se languissant au soleil, gamins guidant des voiliers sur des minis lacs. Me suis dit que les photos que je ferais n’allaient être que touristiques et cela m’a pas mal déprimé. Ai vu 2 photographes avec un réflecteur prenant des portraits et faisant signer un 'model release'. Ai encore plus déprimé. Je croyais compter sur la géographie pour perdre quelques sentiments parasites. Ai-je assez de cailloux blanc pour retrouver mon chemin ? Ou, autre possibilité, le projet imposé et violent d’avancer pour en construire un. Pas d’énergie pour demander aux New Yorkers de poser devant mon appareil de rechange, légèrement pourri : un vieux Nikon F3 avec un objectif un peu trop sensible à mon goût. Passée de nouveau devant la Donald Trump
Tower, erré dans le Grand Central, sans conviction. Mélancolie. Passagère ? Puis allée à ICP regarder mes mails. Gorge serrée. Discuté avec Sabine par chat. Rentrée. Fait les courses à Gourmet Garage pour $27. Regardé par intermittence That 70's Show, Friends, The Daily Show and The Colbert Report entre la vaisselle, la douche et le repas.

Vendredi 10 avril
8h entendu le réveil. 9h entendu le téléphone de la collocation, pris un petit dèj conséquent. Direction ICP pour changer légèrement de matos et disposer d’un locker (casier à la My So Called Life) Quelques emails.

Oublié mon câble pour transférer les photos de mon petit Pentax numérique. Décidé de poser ma première pelloche au laboratoire Sunshine, sur la 31e, conseillé par Marina Berio. Prix: $10 avec tirages ou planche contact. Refusé et n’ai pris que le développement à $5, ce qui bien sûr ne fait jamais vraiment la somme dite puisque les taxes se rajoutent. Puis remonter vers Broadway pour prendre un métro (ligne R) jusqu’à Brooklyn Bridge. Temps maussade. Pris un sundae chocolat dégueulasse pour $5. Sur le pont, beaucoup de touristes et de cyclistes criards qui n’apprécient pas que les piétons empiètent sur leur piste cyclable. Quelques photos puis il s’est mis à pleuvoir. Rentrée jusqu’à ICP. Rdv à 17h45 avec Ahmed pour lui filer du matos, emprunté en mon nom, afin qu’il puisse shooter une soirée d’anniversaire à $200. Présenté Diego. Ai dit que j’étais dans la section General Studies (c'est-à-dire la section Art, s’opposant à PJ, Photo Journalism Studies, la section documentaire, pour ceux qui veulent finir au New York Times). A 18h avait lieu l’ouverture de la nouvelle expo à ICP, Bard MFA trucmuche. Regardé chaque travail attentivement. Un m’a beaucoup plu, celui de Theresa Edmonds : travail sur elle et sa famille. Bu une bière d’ouvrier, Heineken, mangé des bretzels en apéritif (comment l’autre c** a pu s’étouffer avec un truc pareil ?), envoyé de nouveaux mails puis repartie en direction de la maison (ligne 7 puis 6). Sensation bizarre de devoir être heureuse mais de ne pas l’être.

Samedi 11 avril

10h30 réveillée avec la pluie. Pris mon p’tit déjeuner, une douche, maquillée et emprunté l’ordi d’Ahmed vers 12h30, qui dormait encore, pour envoyer quelques mails. Amélie m’envoie un mail pour que l’on boive un verre ensemble le soir. Vers 14h, décidé d’aller voir Brooklyn Bridge du côté de South See Port. Ai retiré sur le chemin la somme de $400 dans un ATM pour payer le loyer de mes colocataires. A South See Port, il y a d’énormes voiliers et un ensemble de boutiques souvenirs dans le port. Ai fait mon chemin de ronde avec l’objectif puis lèche vitrine en vue de futurs souvenirs : mugs, porte-clefs et T-Shirt « I love New York » pour les copains et moi. Big drapeau Américain en nylon $15, T-Shirt : $12, Sweat-shirt : $25, mug : $7, porte-clefs : j’ai oublié. Ai filmé en plan fixe (rarement mon cas jusqu’avant mon arrivée ici) les scènes du port. Il s’est arrêté de pleuvoir vers 16h. Dirigée vers l’ex World Trade Center, dit Ground Zero. Vue bouchée par les travaux et la pub des travaux (1, 2, 3, 4 World Trade Center ?). Enorme trou au sein du quartier financier. Puis remontée vers le Nord de la ville, quartier sympa. Appel d’Amélie fixant notre rdv à Bedford Avenue dans Brooklyn à 19h, ligne L. Petit arrêt au Starbucks pour un chocolat chaud et un rainbow cookie (un peu sec). Se diriger vers le City Hall pour reprendre le Métro, ligne R, puis changement à Union Square, ligne L vers Brooklyn.
Arrivée en avance, marché le long d'une rue à la recherche d'une image. Fait une. Retournée à la bouche de métro, observé les gens en attendant Amélie. Brooklyn fourmille de jeunes très tendances qui baladent leurs chiens très tendances en habit très tendances, les chiens comme les maîtres. Amélie a une vue imprenable sur Manhattan; elle peut voir les buildings s'enflammer le soir et paraît-il que les levers de soleil sont aussi beaux. Elle garde le chien de Marcela, Lala. Vieux chien chihuahua super moche et qui a la tremblote en permanence. Puisqu'elle grogne lorsqu'elle lui met sa laisse, A. a décidé de la lui laissé autour du cou. Chien pisse et crotte dans la maison. La promener ne sert qu'à l'empêcher de déprimer. Sommes allées dîner dans un resto-bar au coin de la rue. A. n'a bu qu'une bière, j'ai pris une salade du Tennesee avec un coca. Coût $12 avec les pourboires (tips). Puis repartie direction l'Apt 30, 64E 97th Street. Ahmed s'était levé à 16h et bidouillait sur son ordi. Doit rendre une présentation de ses recherches (imageries médicales du coeur) pour une conférence à Hawaï. Il part vendredi prochain.

Télé ne marchait pas. Ai filé au lit.

 

Dimanche 12 avril
9h30 réveillée avec le soleil et un petit vent frais. Branches de l’arbre s’agitent légèrement dans le vent.
Ecrit jusqu’à midi. Fait quelques courses pour $17 : pâtes, lait, parmesan, 1 pot de confiture St Dalfour et 1 bouteille de coca. Puis Starbucks pour prendre un cappuccino ($3,47) à emporter. Cuisiner un bon déjeuner. Recommencer à écrire. 5e page. Solitude extrême. Intégration, zéro. Tristesse latente. Décide d’aller prendre l’air en longeant Central parc via la 5e Avenue. Énorme tristesse qui me prend à la gorge. Tente de refouler les larmes que je sens monter. Les gens semblent heureux, il fait très beau. Les riches de l’Upper East Side sont bien habillés. Je marche et je marche en direction d’ICP. Ne me rappelle plus si j’ai photographié, en tout cas pas de portraits (ma grande frustration et fouet psychologique), je n’y arrive pas. Non, je n’arrive pas à me sentir bien pour demander aux gens.
Longue marche. Arrivée à ICP, quelques mails puis le gardien me dit que l’école ferme à 18h, 6 p.m.. Je ramasse mes cliques, pointe mon départ avec ma student card magnétique et pars. Je prends des photos avec mon numérique. Des skyscrapers. Point de vue de la fourmi. Comprends subitement le côté apocalyptique des films américains et surtout ceux sur l’anéantissement des buildings, Independence Day, Deep Impact, Le Jour d’Après, ou même la fictionnalisation de l’anéantissement du WTC en sept. 2001. Voir le monde s’effondrer devant soi. Voir les yuppies en cravate sauter et s’écraser en un bruit sourd de carcasse sur le sol froid de New York. Sensation que Manhattan est un piège et que le ciel est toujours bouché. Toutefois, reprendre confiance en soi lorsque, absorbée par la vision du gigantisme, le regard chutant vers l’horizon hospitalier, un jeune homme barbu avec une écharpe jaune vif me glisse un sourire au croisement de nos marches respectives. Quelques instants après, je me retourne pour le voir continuer sa marche. Closer échoué. Mais réconfort. « And so it is, just like you said it would be ». Damien Rice in my mind. Je rêvasse. Retour vers Times Square, non exploré à ce jour. Fourmillement électrique et populaire. Masse de gens qui se croisent et se heurtent autour des innombrables écrans publicitaires. Prends des photos. M’arrête, reprends, piétine, joue avec l’appareil et ses possibilités de captation. M’amuse à me dire que je regarde un écran (appareil numérique) prenant des écrans (Times Square) en photos. Touristes mitraillent. Il y en a même un qui se la pète : il court, me dépasse et subitement s’accroupit pour prendre des photos d’écran. Je le dépasse puis répétition de la scène. On dirait qu’il chasse. Il doit aimer se sentir en danger, il se tient entre le trottoir et la route, inondée de taxis jaunes. Les écrans risquent sans doute de disparaître si on ne les immortalise pas dans l’excitation. Je fais une vue en surplomb de ma basket rose sur la grille du métro. Je trouve l’idée enfantine, facile, déjà surfaite, me rappelant mes premières photos à l’université sauf que c’était des Doc Marteens. Je renouvelle l’opération le long du parc. Je rentre à la maison zu fuss. Portraits zero mais de belles images touristiques que je retravaille avec Photoshop sur le lit. Je vis sur le lit avec toutes mes affaires : ordi, agenda, carnet de note, livres, prospectus, maps, polaroids, stylos. J’écoute de la musique avec mon casque. Je chante les paroles. Non, je les crie. C’est mieux. J’évacue. Je suis soulagée. Noah rentrera demain du Vermont. Ahmed est parti se prendre un sandwich au Subway du coin. Le mec du câble passera mardi voir pourquoi nous n’avons plus d’images sur la TV. La
nuit est tombée si vite, je crois.


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07 avril 2009

New York, The City (1)


Week 1

In_the_plane VueduPont2Brooklyn


Samedi 4 avril
Arrivée à l’aéroport de Newark après un atterrissage sous un ciel venteux et pluvieux. L’avion faisait des vagues ce qui faisait monter le sang au cerveau et l’estomac en ascenseur 0 -1 0 +2. Quand l’avion a touché la piste, il a tremblé de tout son long et j'ai tout à coup eu l’impression que toute la carcasse et l’ensemble des éléments de l’appareil étaient comme en PVC amélioré. Puis le capitaine a appuyé à mort sur les freins, ce qui nous a tous projeté en avant. Certains des passagers ont applaudi l’atterrissage terminé. Ai eu l’impression que l’atterrissage relevait du miracle alors que le décollage de la banalité. Le capitaine a dit un long « Ooookaaayyy » lorsque la manœuvre eut été terminée comme s’il avait à rassurer ses passagers et par la même occasion, lui-même, puis le traditionnel « Welcome to New York ». Sortie de l’appareil. Passé environ 1h dans la queue qui nous mène à la douane. Photo interdite. Douanier jamais aimable. Rouquin baraque du nom de James Marrone. Scans de nos empreintes, main droite, main gauche. Puis photo de notre bouille. Raison du séjour. « Studies ». Formulaire vert de rigueur. A la douane, pas de Welcome. Seul l’énorme drapeau impérialiste nous le souhaite. Retrouvé nos bagages dans l’énorme hall suivant. Tendu un coupon au garde suivant. Puis demandé notre chemin à une employée. Amélie a retiré de l’argent à l’ATM le plus proche pendant que je gardais nos bagages. Puis redemandé notre chemin pour confirmer le 1er. Acheté un billet de train Newark-New York Penn Station : $15. Pris un « air train » jusqu’à la station New York Transit. De la vue de l’air train, sorte de téléphérique en forme de train, regardé les vastes étendues de terrains à l’abandon mais grillagés qui entourent l’aéroport. Pas très sexy. Attendu le train pendant 15 min. Petit vent. Temps maussade. Pas de pluie. Train d’apparence vieillotte mais usité. 30 minutes jusqu’à Penn Station. Pris chacune un taxi vers nos appartements. Discuté avec le chauffeur Nigérian-Americain. Part-time job as a taxi driver. Lives in Brooklyn with his family. Ai donné $20 pour le transport. Arrivée à l’appart, cherchait désespérément le numéro 30 quand Noah Dodson, l’un de mes colocs, est entré dans le hall. Hasard. Apparemment la sonnette du bas ne marche pas. Ai monté les 5 étages sans ascenseur. Immeuble vétuste avec de très hautes marches entre les paliers. Ahmed Klink assis à la table de la cuisine devant son ordinateur. Bonjour Bonjour. Ai disposé moi-même mes affaires dans ma chambre. Pas de draps propres. Il faut aller les chercher à la blanchisserie en bas de l’immeuble. Pas de visite de l’appart. Je décide de prendre une douche. Dépose mon vaniti entre les caleçons sales. Puis affamée. Ouvre le frigo. Vide, avec un truc vert pourrissant dans un sac plastique. Eurk. Je propose d’aller faire des courses mais ils restent tous 2 littéralement scotchés à leurs portables respectifs. Je tournicote, installe ma valise dans la chambre, c'est-à-dire, la coince difficilement entre le lit et le mur, dans l’espace étroit qui mène à la fenêtre à guillotine, typiquement américaine. Je regarde par la fenêtre de ma chambre, ouverte, vue sur l’immeuble d’en face et sur un arbre bourgeonnant. Escaliers de secours noir et rouillés qui mènent au toit. Nous sommes au dernier étage. J’insiste pour les courses. On prend le bus ($2 en pièces seulement) pour le West Side, on traverse le parc puis on descend. On marche un peu, rentre dans une boutique bio. Trop cher, pas ce qu’on cherche. Noah retire de l’argent chez Chase, une banque U.S.. On trouve un autre magasin, The Emporium Fine Food et on fait les courses. J’achète du lait, du jus d’orange, du poulet, de la dinde en tranche pour des sandwiches, du pain tranché, des beans de chez Heinz (réminiscence de l’Angleterre), de la soupe de champignons de chez Campbell (spéciale dédicace à Andy Warhol), un yogourt à la pèche, du beurre, des Rice Krispies, de la bière Stella Artois, des spaghettis Barilla. Confiture hors de prix. Ahmed veut diviser nos courses en 3, je refuse. Ils en ont pour $192. Je m’en tire avec $52 après avoir dûment présenté mon passeport pour l’achat de la bière. Chargé, on s’arrête à l’arrêt de bus du trottoir d’en face. Les gus sont pendus désormais à leur iphones (aille-faun). Ahmed téléphone. Noah grignote des sticks salés. Je suis exténuée. Je prends une photo avec mon petit Pentax numérique. Pas le bon arrêt de bus. Je suis à la traîne, on ne m’attend pas. On prend un nouveau bus bondé, encore $2 dans la cagnotte du conducteur. Puis on change de nouveau de bus. Toujours à la traîne. Extrême solitude. Les gus bidouillent leur iphones et s’interpellent en français dans le bus. Moi, je regarde le paysage, dans un état second. De retour à l’appartement, on rempli le frigo. Ahmed descend récupérer les draps. Je me fais des pâtes, habille mon lit et me couche.

Dimanche 5 avril
7h, Temps radieux. Shower, petit dèj. Pris le métro pour la 1ère fois : ligne 6 puis 7 jusqu’à ICP. Acheté une carte pour 30 jours. Metrocard : $81. La machine, bien gourmande, a avalé mes billets les uns après les autres.
En matinée, assisté à un cours d’ICP avec Noah. Cours sur "comment faire un livre/portfolio en ligne sur le site blurb", puis "comment faire des cartes postales". Ennui.
Bu un expresso au Starbucks du coin, 43e 6th Avenue, dite 'Avenue of The Americas'. Parlé avec Cédric un autre français de Toulon, échoué volontairement à ICP. M’a demandé ce que je voulais être après l’école, ai répondu « chômeuse ». N’a pas saisi ma blague à deux balles. En même temps, il pense peut-être que je fais de la photographie pour être plombière ou assistante sociale. Grignoté mon sandwich maison à la Turkey
tranchée pendant la fin du cours. Regardé le plan de Manhattan. Pas encore à l’aise avec le nom des Avenues et des Streets. Streets from 1 to X en partant de la pointe de Manhattan, dite Downtown. Avenues from 1 to X, en partant de la pointe Est de Manhattan. Sorti ma caméra. Gribouillé dans le carnet que m’a offert Maïa pour mon anniversaire. Ennui.
Debut d’aprèm : décidé de me mettre au travail. Direction le 1er parc, celui situé juste à côté d’ICP, Bryant Park. Le Leica a commencé à merder dès ma sortie d’ICP, au bout de deux vues. Assise sur une chaise du parc, ai trifouillé le leica, sans succès. Obsédée par le problème que je n’ai pas réussi à résoudre, je suis directement rentrée à l’appart. Ai pensé que JPS s’était bien foutu de ma gueule quand je lui avais évoqué le triangle rouge qui s’affichait dans le viseur lorsque j’ai emprunté le matos au prêt de l’ENSP. Envoyé un mail à Talbot. Puis essayer de comprendre l’écran bleu de mon ordi. Ordi a décidé de planter depuis hier. Chercher des solutions sur le net. Rien trouvé. Incapable de résoudre le problème, dépitée, énervée, amère, triste. Au bout de 3h, j’ai compris que l’écran bleu était lié au WIFI. Je ne peux donc pas aller sur internet avec mon portable. Déception, rage envers l’informatique. Les colocs m’emmènent avec eux à un concert de Bishop Allen au Bowery Ballroom dans Soho. Ils ont un pass pour réaliser une vidéo pour un site belge. Je suis assignée comme preneuse de son. On négocie mon passage à l’entrée et on ramène le chanteur du groupe pour me faire rentrer. Le tournage aurait dû se dérouler avant le concert vers 20h30 mais il est repoussé à la fin de la session, à 23h30. Les jeunes branchés portent la barbe. Durant le concert, grosse fatigue et sensation surréaliste d’être dans la population New Yorkaise. Un mec de 40-45 ans me propose une bière mais je refuse, ayant peur de devoir lui faire la conversation pendant le concert. Trop parlé français jusqu’à présent. Pas assez à l’aise. Je fais quelques images du concert avec le Canon 5D des colocs, sans grand intérêt. A la fin du concert, le groupe ne semble pas très coopératif pour le tournage mais les colocs ne font pas assez professionnels pour les mettre en condition. Ils cherchent à trouver un endroit sympa pour la vidéo. On finit dans une douche. On se sert dans le frigo des backstages : bière Heineken, coca, eau. Sortie de la salle vers 00h30. Pris le métro, mangé et au lit.


Lundi 6 avril

7h, Réveillée avec la pluie. Je dors la fenêtre ouverte car le chauffage (vapeur) est central et est convoyé dans des tuyaux qui percent le sol et s’étendent jusqu’au plafond. Economie d’énergie, zéro.

Rdv ICP 11h pour présentation avec Marina Berio et Coco Lee Thuman. Marina très professionnelle, est la femme de Jean-Christophe Bourcart, est Acting Chair of ICP’s General Studies Program. Coco, sorte de grosse poule impérialiste américaine qui parle fort et a voulu nous imposer d’arrêter de parler français lorsqu’Amélie et moi étions entre nous. Inscription pour ma part au cours de « Performance for the Camera », « General Studies Seminar », « Visual Thinking for Magazines », « The Way of Things » and « The Art of Photography Bookmaking ». Marina nous donne l’adresse d’un labo qui développe les films car tâche noire dans l’Ecole, pas de labo pour développer les films. Ensuite, visite générale de ICP jusqu’à 13h30. Présentation de Peir, grand blond costaud avec un œil rouge, sorte de Lars Von Trier Américain s’occupant des laboratoires numériques ; Farley, coiffure de hippie sans les fringues, genre le vendeur photo de That 70’s Show, est quant à lui assigné au prêt du matériel avec d’autre de ses collègues.

Marché sous la pluie avec Amélie en direction du magasin photo, B&H, tenu en majorité par une colonie de 'Rabbie Jacob' (« elle vai dancéil ! ») avec des uniformes vert, type Fnac. Pas de polaroids avant 6 mois selon le vendeur. Acheté 5 pelloches Kodak: $30


Nous avons continué sous la pluie notre longue balade puis pris un thé près de Washington Square/NYU. Pris un earl grey avec une krispie bar, carré de rice krispies agglomérés avec du marshmallow fondu, délicieux. Nous sommes sortis du salon de thé, il faisait beau mais nous avions toutes deux les pieds trempés. Longé Broadway et entré dans une boutique de téléphones mobiles AT&T. Vaut mieux avoir un téléphone qui marche en cas de pépin. Nos téléphones actuels sont bloqués. Une vendeuse nous a donc conseillé d’aller chez K-Mart, grand supermarché du coin, acheter un portable qu’elle nous activerait à notre retour à la boutique.

K Mart: portable Nokia le moins cher $21

Retour à la boutique AT&T prepaid topup (recharge prépayée) la plus basse: $15. Ai quitté Amélie à la sortie de la boutique de télécom. Ai activé ma Metrocard dans le métro puis sortie car pas le bon sens de la ligne. Retrouvée la bonne entrée en repassant par l’extérieur : carte bloquée. Suis allée voir un Black obèse MTA (M-ti-Hé) dans une guitoune. N’a même pas parlé, a levé son doigt façon Michel Ange - Chapelle Sixtine - et pointé un écriteau avec les termes « 18 minutes » souligné au fluo jaune. « Ok, thanks, bye bye ». Suis retournée à K-Mart pour passer le temps.

Post-it Kmart: Enorme supermarché où les rayons alimentations se constituent uniquement de chips, apéritifs et boissons sucrées en énorme quantité. Ca et les rayons de céréales pour le petit dèj. Ai cherché de la compote de pomme (appelé « sauce » ici). Niet. Ai cherché des barres de céréales pour petit encas de 16h. Niet. Ai voulu acheté un savon Dove (marque très répandue ici), n’en ai trouvé que deux. Ai renoncé à mon savon. Ai acheté ce que je trouvais de plus typiquement américain et immonde : des morceaux de beef séchés vendus dans un sachet de bonbon. S’est révélé une bonne surprise en guise d’appéritif.



Mardi 7 avril

7h Réveillée avec un mal de gorge.

Resté à l appart jusqu’à 12h25. Lu Peter Handke, Essai sur la fatigue. Ai mangé des pâtes avant de partir faire une visite des '4 digital labs' avec Bradley, assistant de Peir: 4 salles remplies d'ordis, de scanners et d'imprimantes accolées a chaque ordi (à $30.000 l'année, c'est sûr qu’à ICP, ils ont du matos)

Puis visite de certaines galeries de Chelsea avec Amélie : Yvon Lambert, Yossi Milo, Aperture (très bien) puis boutique de livres d’artistes. Ai repéré une maison d’édition à Edinburgh dans le style de Yellow Now : Livres dédié à la photo ou à la poésie, selon choix des éditeurs.


Adresse:
Pocketbooks Canongate Venture (5)
New Street
Edinburgh EH8 8BH

website: pbks.co.uk

 
Amélie partie rejoindre son rdv. Me suis dirigée vers le Flat Iron Building, croisement de Broadway et de la 5th Ave. Ai observé 3 hélicoptères alignés en rang, regardant l’Ouest. Travaux au croisement du Flat Iron et de Madison Square. Printemps, arbres en fleur. Bruit infernal. Filmé un peu. Repartie. Ai acheté un Café Lattè au Starbuck du coin. Le type a réussi à me vendre une tranche de cake avec. Avais faim et ai accepté. Dehors, me suis sentie comme une Américaine, mon verre en carton à la main, buvant quelques gorgées à chaque bord de trottoir, avant que la main rouge passe au piéton blanc. Pollution de l’environnement, optimale. Fait les courses à Gourmet Garage, un peu cher mais le soulagement, des légumes verts. Sauvées des sandwiches, du gras et du sucré pour le soir.


Mercredi 8 avril
7h Réveillée avec le mal de gorge. Petit déjeuner puis lecture jusqu’à 8h. Rendormie jusqu’à 10h. Réveillée par une légère tempête de neige ! Incroyable. Sortie ma caméra. En filmant, ai cassé la fixation du climatiseur de mes colocs en m’ayant penché au dessus de la fenêtre. Préparé un sandwich puis emballé mes affaires pour aller visiter quelques galeries. Descendu Madison Avenue jusqu’à la 57e : Gagosian : very pretentious : expo de peintures de Richard Phillips assez nulles qui se veut rebelles car expose la nudité de femmes, un journal dans le vagin. Howard Greenberg, 14e floor vu des Steichen, les classiques, ai repéré un livre de Frank Gohlke, Accomodating Nature ; puis Pace/Mc Gill, pas mal de surréalistes (Magritte, Dali, Duchamp, un portrait de Lee Miller de Chaplin… toujours aussi mauvaise Lee Machin !). Se promener au pied de la Donald Trump Tower puis marché jusqu’à ICP. Fait ma carte d’étudiante. Farley m’a donné un appareil photo d’appoint pour pouvoir remplacer le Leica. Pris un café au Starbuck du coin ainsi qu’une part de gâteau, pris le métro, sortie à la 86e au lieu de la 96e. Se promener sur Lexington Avenue : beaucoup de commerces et résidences sympathiques. S’arrêter dans un petit super marché et faire quelques courses pour $37. Trouvé de la viande pas trop chère : cuisinée, dégueulasse, fini a la poubelle ! Regardé le Daily Show with Jon Stewart puis le Colbert Report.
Ahmed rentré vers 21h30. Discuté jusqu'à 1h du mat.

 

Posté par vynileettea à 00:52 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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